Le mensonge, perçu comme inhérent à tout usage de la parole par les philosophes semble

prendre racine dès le plus jeune âge.

Le célèbre psychologue Jean Piaget démontre que l’enfant apprend à mentir vers l’âge de 4 ans, stade auquel il découvre qu’il ne peut tout révéler mais qu’il peut également affirmer ce qu’il souhaite. C’est la période durant laquelle il va intégrer les règles de comportement à l’extérieur et développe un jugement moral tout en prenant conscience des conséquences directes de ses actes. Le mensonge fait partie de ce qui aide l’enfant à se différencier de sa mère et développer sa vie subjective propre. Toutefois, il ne prend réellement conscience que vers 6/7 ans de ses mensonges, auparavant, il modifiait simplement sa version de la réalité (ainsi mensonge et fantasme sont auparavant imbriqués). C’est au sein de cette période dite préopératoire selon le même auteur que l’enfant développe sa conscience morale. L’enfant mentira pour plusieurs raisons : afin de préserver son intimité, pour s’affirmer dans son identité par l’opposition, ou encore en vue de se conformer à l’idéal parental. Pascal neveu, psychanalyste français exprime dans son ouvrage « Mentir… pour mieux vivre ensemble ? » confirme que l’enfant prend conscience de son « moi » vers 6 à 9 mois), et lors du développement du langage (affirmation du « moi »), ce dernier va progressivement lors de son processus d’individuation mentir, cacher des choses. Il exprime que c’est ce qui aidera l’enfant à accéder au monde réel.

Julie, ma petite voisine de 8 ans me raconte ainsi sa journée de la veille : « Aujourd’hui, j’étais à l’école quand un poney rose est venu me chercher devant toute la classe. Ils étaient tous jaloux. Alors je suis montée sur ses ailes, on a piétiné la méchante maitresse, puis, on est partis dormir sur un nuage. En revenant, tous les élèves ont voulu devenir amis avec moi. » Elle y traduit ici sa frustration à l’école liée à ses difficultés scolaires et son désir de reconnaissance par ses pairs. Toutefois, lors d’un entretien de médiation familiale, la mère d’ Elise, 12 ans nous raconte un mensonge d’un tout autre acabit. La jeune fille lui raconte qu’elle est partie au collège, comme d’habitude, mais que l’appel n’a pas été fait et que donc les « pions » se sont trompés lorsque la directrice appelle la mère pour la prévenir de l’absence de sa fille en cours de français. Elise tente de cacher son escapade de l’après-midi au centre commercial avec ses amies. Sa mère décrit affolée les faits, ainsi que l’aplomb de la jeune fille qui « ment comme une professionnelle ». Freud, en 1913 écrit qu’ « Il est naturel que les enfants mentent lorsque ce faisant ils imitent les mensonges des adultes. », il y exprime que l’enfant y annonce ainsi ses futures névroses ainsi qu’une partie de son destin. Ce dernier ment aussi en réponse au mensonge de ses parents concernant sa création.

C’est également une façon de protéger son intériorité du monde extérieur. D. Winnicott étaye cet éclairage, le mensonge permet de créer un faux-self destiné à protéger le vrai-self : l’être authentique. Il en désigne cependant des niveaux : petits, moyens, gros mensonges.

« Le mensonge chez l’enfant est une co-création où la part de l’environnement est souvent importante ». Freud également précisera que le mensonge détiendra toujours une part de vérité.

Bion écrit également que « La vérité joue un rôle aussi déterminant pour la croissance de la psyché que la nourriture pour la croissance de l’organisme. Une privation de vérité entraîne une détérioration de la personnalité », soulignant ainsi que sans vérité, l’appareil psychique ne se développe pas. Ainsi, mensonge et vérité semblent indissociables du développement psycho-affectif de l’enfant.

 

SOURCES

 Dana Castro, Petits silences et petits mensonges : le jardin secret de l’enfant, Coll. Questions de Parents, Albin Michel, 2012, 220p.

 Donald Winnicott, « Le vol et le mensonge ». in: « L’enfant et sa famille ». Paris, Payot, 1957, p169-174

 G. Schmit, A.-C. Rolland et A. Breton, « Les bienfaits du mensonge chez l’enfant », Perspectives psychiatriques, 2002, vol. 41, n° 1, p. 45-52

 Sigmund.Freud, « Deux mensonges d’enfants », in « Névrose, psychose, perversion »,Paris, PUF, 1973, p183.

 Sun Tzu, L’art de la guerre, Editions 1001 nuits petite collection, numéro 122, 1997, 180 p.

 Wilfried R. Bion, Transformations, passage de l’apprentissage à la croissance, Paris, PUF, 2010, 208p. 

 

 

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