J’ai eu à accompagner un nombre croissant de personnes en grande difficulté financière. Cet accompagnement les a amené à s’interroger sur le sujet de l’argent et à comprendre qu’une seule approche comptable et technique ne saurait suffire à elle seule à appréhender les situations d’endettement voire de surendettement. Objet à la fois « le plus social et le plus intime », l’argent et la place que l’usager lui donne dépasse le simple registre économique. Jean Beaujouan, un psychologue et sociologue français a étudié l’argent comme objet social, et la relation entre l’individu et l’argent. Ses travaux m’ont permis de mieux analyser les différents comportements que les personnes pouvaient entretenir avec leur budget.

En effet, chacun possède des liens intimes et complexes avec l’argent, liens en partie inconscients et très chargés émotionnellement. Cette relation avec l’argent est influencée par l’histoire personnelle, les croyances, les valeurs mais aussi par l’éducation. En France, il est tellement difficile de parler d’argent -ça peut paraître impoli ou gênant- que pour certains couples surendettés, l’un des deux conjoints peut ne pas être informé de la situation financière du ménage (information tirée de plusieurs entretiens effectués sur mon stage). L’argent peut être source de conflits et donc de souffrances, ainsi il devient tabou. Mais il tient aussi une place centrale dans notre société. En psychanalyse on peut aller  jusqu’à dire que c’est un prolongement du « moi », que nous existons à travers l’argent que l’on possède.

L’argent est un objet social qui a une histoire, c’est un instrument d’échange indispensable entre les individus car il évalue la valeur marchande des choses, il paye et éteint une dette et il permet de stocker de la valeur (épargne). Aujourd’hui, chacun veut d’abord être un individu autonome ou indépendant, inventant librement sa propre trajectoire et à la recherche de son bonheur personnel. Dans une famille, le père n’est plus le seul à en disposer, chacun est autonome à la mesure de son indépendance financière.

« Vivre avec peu ou très peu d’argent, c’est être réduit à une vie restreinte, dans laquelle tout est plus difficile, dans laquelle les interdits sont presque partout : pas de sorties, pas de voyage, pas de voiture (ou alors en mauvais état), pas de beaux vêtements, un budget restreint pour le téléphone ou pour faire des cadeaux… » Pour équilibrer le budget familial, « il faut tout contrôler en permanence, se priver, alors que certains vivent avec plus d’aisance et parfois dans le superflu ». Selon ces témoignages on peut voir que le manque d’argent peut engendrer un statut stigmatisant et de l’humiliation sociale ou de l’exclusion sociale.

De plus dans la société de consommation dans laquelle nous évoluons : la place grandissante des banques, la multiplication et la sophistication de leurs offres de services, la publicité sur les prêts mais aussi la publicité dans les médias et dans des moments clés de l’année comme Noël ou la rentrée scolaire… tout cela pousse le consommateur à dépenser son argent pour exister.

Je me souviens d’un usager qui me disait: « si on juge ma fille car elle n’a pas de beaux vêtements c’est comme si on me jugeait moi aussi, je me sens comme incapable, je ne peux même pas offrir de beaux vêtements à mon enfant. » Le plaisir passe par le bien matériel. Aristote nommait cette relation à l’argent comme le chrématistique : « l’argent devient le Dieu unique, soit la valeur de référence suprême ». La société de consommation dans lequel évolue l’usager met en avant le besoin d’avoir toujours plus et mieux ce qui coute forcément de l’argent. L’argent est alors une monnaie d’échange afin d’accéder à des biens matériels que d’autres ont ou souhaitent avoir, ce qui permet aussi d’asseoir une position dans la société et de revendiquer un statut.

Ces raisons subjectives et sociétales peuvent contribuer au déséquilibre budgétaire de nombreux ménages, ce qui peut les pousser à recourir aux crédits à la consommation.

SOURCES

BEAUJOUAN Jean, L’argent et le lien social,https://www.jeanbeaujouan.fr/docs/L_argent_et_le_lien_social.pdf. 

KLEIN Jean Pierre, Les masques de l’argent, collection réponse, 1984

GILLES DOSTALER,  Aristote et le pouvoir corrosif de l’argent, alternatives économiques, 2009.

 

 

 

 

 

 

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