Aujourd’hui je souhaiterais vous parler du jeu libre et de tous ses bénéfices, mais aussi vous expliquer en quoi je suis profondément pour le « détournement de jeux ». Vous savez cette « chose » dont on parle tant et qui a priori n’est pas correct selon certaines pédagogies. 

Et bien que je ne sois pas une éducatrice de jeunes enfants et que je ne possède aucune formation dans le domaine (comme beaucoup d’ailleurs^^), j’ai mon petit avis de maman et de psy à vous partager à ce sujet. 

Qu’est-ce que le jeu libre?

Avant tout reprenons la définition des mots « jeu » et « libre »:

  • jeu: « activité physique ou mentale dont le but essentiel est le plaisir qu’elle procure ».
  • libre: « qui n’est pas privé de sa liberté et qui a le pouvoir, le droit de décider, d’agir par soi-même ».
    -> liberté: « situation d’une personne qui n’est pas sous la dépendance de quelqu’un (opposé à esclavage, servitude) ou qui n’est pas enfermée (opposé à captivité).
    Ou possibilité, pouvoir d’agir sans contrainte ; autonomie ».

Finalement le jeu libre serait ni plus ni moins un moment de liberté pour l’enfant, sans que l’adulte interfère entre lui et sa relation au jeu.
Le jeu libre s’oppose donc à l’activité encadrée ou soumise à des règles extérieures à l’enfant.

Quels sont les bénéfices du jeu libre ?

Les bénéfices sont si nombreux que je vais plutôt les lister en grandes catégories:

  • Développe l‘autonomie et la prise de décision

    … puisque le jeu est initié par l’enfant et non par l’adulte, ce qui va aider l’enfant à aimer jouer seul mais aussi à faire ses propres choix. Cela lui permet également d’apprécier les moments d’ennuis tout seul car il n’aura pas pour habitude qu’on lui donne une activité pour s’occuper.

  • Développe la créativité

    … puisque rien n‘interfère entre leur imagination et le jeu; à contrario lorsque l’on montre à un enfant comment on se sert du jeu, il lui sera demandé d’imiter et non de créer. Le libre jeu permet à l’enfant d’utiliser un jouet de plusieurs façons et lui permet seul de complexifier son environnement selon sa propre évolution. Par exemple si une serviette lui permet de se cacher à 18mois, à 3ans ça sera une cabane et à 4ans une cape…

  • Développe la confiance en soi

    Pendant un jeu libre, l’enfant peut à sa guise essayer et tester différentes choses. En effet l’absence de règle permet d’enlever toutes les étiquettes de ce qui est bien ou mal, du juste ou du faux. Il n’y a aucun jugement à porter sur ce que fait ou non l’enfant. Il est seul maître à bord de son imagination.

  • Développe sa socialisation

    Se confronter à l’imaginaire et à la créativité d’autres enfants oblige d’autant plus à développer des compétences sociales de médiation que de suivre des règles édictées par d’autres. Car les besoins de chacun.e vont primer sur les règles. L’enfant sera donc obligé de trouver ses propres solutions, vu qu’il est dans un espace de liberté.
    Dans la pratique, lors d’un jeu « non libre » dicté par des règles, on se rend compte que lors d’un conflit les enfants auront une plus grande tendance à rechercher une solution externe (se référant aux règles du jeu ou demandant à un adulte de se positionner sur le conflit).

  • Développe des apprentissages et compétences singulières et uniques

    Loin de vouloir absolument lui faire apprendre quelque chose, l’enfant se sent libre d’explorer toutes ses potentialités. Chaque enfant étant unique, dans un environnement non jugeant, il pourra développer toutes ses compétences.

    Avec le jeu libre, il va structurer seul ses idées, se fixer ses propres objectifs et trouver par lui-même des moyens d’y arriver. Ainsi il va développer des stratégies de résolution de problème; problème à la hauteur de ses compétences puisque le cerveau ne peut pas créer de difficultés qu’il ne peut pas lui-même résoudre (car les seuls problèmes impossibles à résoudre sont ceux créés par les autres).
    Ainsi, on respecte d’autant mieux le rythme propre de son enfant.

    Et si vous doutez de sa capacité à résoudre ses propres difficultés, par lui-même… n’oubliez pas que votre enfant n’a pas eu besoin de vous pour apprendre à marcher ou à parler !

Ici par exemple, mes enfants ont utilisé les plaquettes de couleur pour former une voie ferrée puis quelques formes pour faire des ponts et des trains…
Alors que chacun de mes fils était sur une activité, c’est ensemble qu’ils ont créé leur nouveau jeu, établi leurs propres règles et créer ensemble un nouvel environnement tout aussi épanouissant. Ce qui ne les a pas empêchés de vouloir par eux-mêmes recréer des rails par tonalités de couleurs afin d’imaginer différentes voies de train.

Quel lien entre le jeu libre et le détournement d’objets ?

Le jeu libre amène inévitablement la liberté à l’enfant de pouvoir détourner un objet.

Comme on l’a vu précédemment il pourra utiliser à sa guise un objet pour en faire ce qu’il veut, selon son imagination et son développement psychomoteur.

Si l’adulte n’intervient pas pour lui montrer à quoi sert une fourchette, l’utilisera-t-il pour manger ? Rappelez-vous dans le dessin animé de la petite sirène, Ariel prend la fourchette pour se coiffer !

Un objet n’a pour signification que celle qu’on lui donne.

Ainsi le jeu libre c’est accepter tout le détournement d’objets; ce qui va demander pour l’adulte un certain lâcher-prise !

Par exemple ici, chacun de mes enfants jouait à un jeu propre.

Petit à petit est venue l’idée de créer un restaurant de burger où on pourrait mettre des tomates, de la salade, etc… selon les couleurs des jeux, et puis de faire voyager les burgers à travers un grand tunnel.
Ce jeu a été d’un grand apprentissage pour mes enfants par bien des manières, et bien plus que si j’avais tenté moi-même d’imposer une connaissance.
(cf mon article sur les apprentissages autonomes ici ).

Par exemple l’aîné demandait à son petit frère une tranche de tomate, il devait donc lui donner un carré rouge (apprentissage des couleurs), puis il était question d’apporter un burger pour chaque animal, mais certains en voulaient plus que d’autres (apprentissage des calculs : additions, soustractions) etc.

Mais d’où vient cette focalisation sur le détournement d’objets ?

Mais alors pourquoi on entend souvent dire qu’il y a des jeux, jouets et/ou activités où le détournement d’objet est interdit (ou tout du moins à éviter) ?

Et bien premièrement, la pédagogie Montessori est très en vogue ces dernières années; en effet,  Maria Montessori avait souhaité créer pour l’enfant des activités propres à un apprentissage particulier. Permettez-moi de citer certains de ses livres que j’ai lus : « Notre devoir est de guider l’enfant sur la voie de la discipline » ou encore « Le devoir de la maîtresse est de montrer la voie de la perfection, en apportant les moyens et en écartant les obstacles… Si la discipline préexistait, notre travail ne serait pas nécessaire; l’enfant aurait un instinct sûr qui le rendrait capable de surmonter toute difficulté ». Et elle continue à expliquer dans son ouvrage « L’esprit absorbant de l’enfant » à quel point l’environnement de l’enfant est essentiel mais à quel point il a besoin d’un adulte à ses côtés pour lui montrer l’utilisation de chaque chose (mais pas que bien sûr^^).
Ainsi nombreuses sont les personnes formées à cette pédagogie qui vous diront que certaines activités ne peuvent pas être proposées à l’enfant avant qu’on les lui présente. Car c’est par imitation que l’enfant apprend.

Certes…

Mais n’est-ce pas Maria Montessori qui dira aussi: “L’ enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source que l’on laisse jaillir.”

Bien qu’il y ait plein de choses très intéressantes dans ses ouvrages, je mets aussi en parallèle d’autres lectures plus contemporaines appuyées sur des études plus actuelles (comme Holt, Stern, Laricchia, Gueguen, Fillozat, Bonnardel, Rosemberg…), et je me permets de remettre en question ce mot qu’on a de cesse de nous brandir : la discipline !

En effet, il est intéressant de s’interroger sur la vision arriérée qu’ on a tendance à avoir d’un enfant, et qui est par ailleurs totalement balayée par la parentalité bienveillante d’aujourd’hui. Cette idée du siècle dernier qui pousse l’adulte à penser que comme l’enfant est plus fragile physiquement et que son cerveau n’est pas mature, il serait dès lors un esprit à modeler, à sanctionner, à punir ou à mettre sur la « bonne voie »!
La discipline dans les jeux n’est qu’une domination de plus car elle rentre dans cette idée toute puissante qu’il faut « éduquer », et si vous n’en êtes pas persuadés, je vous recommande de lire « La domination adulte: l’oppression des mineurs » de Yves Bonnardel.
Ainsi présenter un jeu créé par l’adulte avec des règles édictées par l’adulte, alors même que l’enfant n’en a pas émis le besoin, n’est qu’une façon de plus de l’oppresser avec ses propres craintes: celles où l’enfant ne serait pas capable d’apprendre par lui-même!

Finalement, on peut s’interroger si cette quête du jeu/activité encadré.e n’est parfois pas là uniquement pour rassurer l’adulte dans l’apprentissage de l’enfant… ou de sa capacité d’être un « bon parent/accompagnant ».
Car si l’argument qui est souvent mis en avant c’est d’éviter à l’enfant d’enregistrer de mauvais gestes, on est donc bien confronté à cette pression sociale du « bien faire », celle où la perfection d’un geste unique existe bel et bien, inhibant ainsi toutes autres possibilités d’exister. De plus, cela place l’adulte en tout-sachant, en détenteur de la vérité absolue.
Finalement cette position peut être réconfortante pour les adultes ; d’une part, ils ont cette sensation agréable du savoir, mais en plus ils auront la sensation du devoir accompli quant à rendre son « enfant intelligent »!

La crainte que son enfant ne soit pas « assez intelligent », ou qu’il ne sache tout simplement pas faire.

Pour conclure

Vous l’aurez compris, en tant qu’adepte des apprentissages autonomes, je suis bien sûr pour le jeu libre mais aussi finalement pour la confiance qu’on a dans nos enfants. Une confiance absolue dans leurs compétences.

Et il vous suffit de vous rendre dans des écoles démocratiques ou d’aller dans des milieux d’unschooling pour vous rendre compte que tous les enfants ont bel et bien appris à lire ou à compter… chacun à leur façon, à des âges bien différents.

Car imposer une discipline à un enfant c’est le rendre dépendant à la discipline d’un autre, pour longtemps (il suffit de le constater au sein même du monde du travail^^).
Il serait pourtant bien plus utile de lui faire confiance, et ce dès le plus jeune âge… car il lui a fallu beaucoup de discipline et de volonté (innées) pour un jour devenir un petit bipède !

Pour aller plus loin je vous propose outre les références données dans le texte: