Le mensonge fait ainsi partie intégrante de notre société, en effet, par exemple, il est

communément admis dans le cas des joueurs de pokers notamment qui doivent développer l’art de duper l’adversaire par une modification de leurs réactions naturelles mais également une analyse fine des « mensonges » physiques de l’autre.

Certaines duperies sont d’ailleurs acceptées en société, les magiciens par exemple usent de leur art au travers d’ « honnêtes mensonges » tels que les décrit le magicien techno-illusionniste Marco Tempest lors d’une conférence TED.

Toutefois, ils sont également présents sous d’autres formes dans notre quotidien : dans le monde du travail par exemple (il s’agit de par exemple modifier son Curriculum Vitae pour y faire apparaître des performances et connaissances accrues : « il faut être honnête, mais pas trop » et tenter ainsi d’accéder à un poste plus reluisant. Dans d’autres situations du quotidien, certains racontent des exploits de soirée ou vacances qui n’ont cependant jamais existé pour impressionner leurs proches, ou encore Emeline dit à sa mère que le hamster a volé les biscottes de la cuisine et qu’elle est très fâchée pour ne pas contrarier sa mère de même,« Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin » (il a osé manger toutes les crèmes desserts !) dans le cadre de la publicité, Red Bull donne-t-il réellement des ailes ? Rien n’est moins sûr, c’est cependant sur cette image de toute puissance, d’énergie infinie que la marque se propulse en France et auparavant en Europe. Toutefois, son caractère imagé aura généré l’engouement du public, ce dernier ayant inconsciemment intégré cet effet de pulsion énergétique forte.

  • La publicité :

La publicité, souvent décriée, notamment l’an dernier par exemple avec notamment le scandale qui a éclaté concernant la révélation du contenu des lasagnes (de la viande de cheval), en dépit des indications sur la boite. De nombreuses associations de consommateurs s’insurgent aujourd’hui contre ces dissimulations de la vérité comme l’association « 60 millions de consommateurs » par exemple, dont la vocation est de veiller au respect et à la défense des droits des consommateurs.

L’article L.121-1 du code de la consommation définit ainsi la publicité mensongère : » Est interdite toute publicité comportant, sous quelque forme que ce soit, des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur, lorsque celles-ci portent sur un ou plusieurs des éléments ci-après : existence, nature, composition, qualités substantielles, teneur en principes utiles, espèce, origine, quantité, mode et date de fabrication, propriétés, prix et conditions de vente de biens ou de services qui font l’objet de la publicité, conditions de leur utilisation, résultats qui peuvent être attendus de leur utilisation, motifs ou procédés de la vente ou de la prestation de services, portée des engagements pris par l’annonceur, identité, qualités ou aptitudes du fabricant, des revendeurs, des promoteurs ou des prestataires « 

La question restera présente concernant la réalisation des publicités, y-a-t-il un souci de fidélité à la réalité ? La marque Dove a notamment essayé de créer des publicités plus fidèles à la réalité de leurs consommateurs, ne présentant pas que des mannequins au sein de leurs réclames mais des femmes de tous âges et tous poids.

Les récents scandales ont amené une vigilance des consommateurs et des associations de défenses de leurs droits. D’ailleurs, actuellement, les publicités mettant en avant une certaine transparence vis-à-vis de leurs consommateurs sont de plus en plus présentes (comme la grande enseigne mettant en avant une transparence et comparaison des prix « qui est le moins cher ? » entre divers magasins)

  • En politique :

Machiavel écrit : « Combien il est louable à un prince de respecter ses promesses et de vivre avec intégrité, non dans la fourberie, chacun le conçoit clairement. Cependant, l’histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes choses les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens ; en fin de compte ils ont triomphé des honnêtes et des loyaux». Ici, le mensonge amène le pouvoir, la puissance.
L’histoire nous montre que nombreuses furent les manipulations politiques, dans les régimes totalitaires notamment, de par la manipulation des médias par exemple.

L’affaire Cahuzac nous montre à quel point l’opprobre pointe lorsque ces mensonges sont démasqués par le grand public, le pouvoir politique étant perçu comme vecteur de normes et d’une morale droite.

En effet, certains mensonges historiques ont longtemps défrayé la chronique. Bien des années après l’attaque des Wall Trade Center par Al-Quaïda, l’histoire reste encore bouillante. Les Etats-Unis, suite à l’attentat de 2001 ont en 2003 déclaré la guerre à l’Irak qu’ils en déclarent responsables (et dont ils déclarent redouter l’acquisition d’armes de destruction massives, ce qui a été réfuté, après enquêtes multiples par les organisations internationales), toutefois, nous apprendrons bien des années plus tard que l’enjeu était pétrolier. Les articles et la désapprobation publique défrayeront longtemps la chronique. Le président Bush aura cependant été désapprouvé par l’Organisme des Nations Unies et de nombreuses autres organisations. Il reste encore une haine contre cette guerre, une tristesse infinie pour tous les morts à la guerre. Dans ce cas-ci, l’histoire a été manipulée en temps réel pour faire croire aux citoyens américains que la guerre n’était qu’une réponse aux attentats meurtriers du 11 septembre 2011. On peut en conclure que le mensonge peut avoir des effets dramatiques en politique et amener à des conséquences sur la population. Mais qu’en est-il de la position de chacun face au mensonge ?

  • Les masques sociaux :

En effet le psychanalyste Carl Jung, définit la « persona », soit les masques sociaux que nous portons, comme l’apparence de ce que nous donnons à voir de nous-même et qui organise nos rapports sociaux. Ainsi, le mensonge est un parallèle de notre construction identitaire car il permet de forger notre masque social, il nous aide à préserver la paix sociale ainsi que nos intérêts. Freud révèlera que les actes manqués sont des révélateurs de nos mensonges. Anthony, reçu en entretien d’information de médiation familiale s’exprime sur situation professionnelle « j’aime mon travail », à ce moment précis, il empoigne une feuille de papier déjà dans sa main auparavant, la froissant totalement. Cela m’a permis de déterminer son malaise et de l’interroger sur ses ressentis et ses relations au travail, en ce moment conflictuelles malgré un cœur de métier qui le passionne. Ici, c’était le révélateur d’une difficulté temporaire.

Toutefois, dans le quotidien, ce genre de modifications du discours ne sont pas rares, les réseaux sociaux par exemple permettent à tout un chacun de véhiculer une image de lui-même, améliorée au regard des autres. Ils sont vecteurs d’image sociale et permettent de présenter une image de soi idéalisée, les gens y théâtralisent les évènements de leur vie quotidienne en y proposant une version plus avantageuse, au risque de déformer la réalité. Les réseaux sociaux sont de nouvelles scènes sociales au travers desquelles tout un chacun s’y présente à son avantage afin de préserver le regard de ses « amis » sur lui-même. Qui dit théâtre dit jeu d’acteur, ainsi le sujet orchestre et dirige le mensonge par des biais qui lui sont propres. « Le mensonge questionne l’être et son intériorité, mais aussi sa relation à l’autre », en effet, quel intérêt y trouve-t-il ? Pour quelles raisons est-il amené à mentir ?

Au sein de son ouvrage, Pascal Neveu évoque que la première raison invoquée au mensonge sera : pour ne pas faire de la peine (avec 74% des personnes interrogées le disant), puis en seconde position pour éviter des disputes, se disculper ou encore se faire valoir. Nous mentons par peur des réactions des autres, d’une modification négative de leur regard, par intérêt, par peur de blesser également. Le sujet est ainsi celui qui dirige et orchestre le mensonge à des fins particulières, il fait partie de notre masque social qui nous sert à nous protéger, à cacher des parties de nous comme à servir nos intérêts.

Dans l’ouvrage L’Insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera, les mensonges de Tomas envers Teresa sont destinés à la protéger de ses infidélités qui pourraient, selon lui, la dévaster et entâcher voire détruire leur amour. Pas dupe, elle accepte cependant ces dissimulations. Ici, Tomas désire porter un masque d’amoureux fou fidèle, aimant.
Nos masques sociaux sont en construction permanente, ils nous permettent de nous adapter aux intérêts de nos interlocuteurs et peuvent voir leurs traits se modifier en fonction de l’interlocuteur ainsi que de la qualité de la relation. En effet, les discours s’adaptent en fonction des récepteurs de l’information.

Mensonge par omission, par déni (en écho au célèbre ouvrage d’Oscar Wilde : Le portrait de Dorian Gray, ce dernier ne pouvant accepter que son corps vieillisse et n’étant amoureux que de l’actrice en sa dulcinée et non d’elle-même en tant que personne), dissimulation, tous ont leurs fonctions, tous nous protègent des autres ou bien de nous-mêmes. Le mensonge est  intrinsèques au quotidien et au réel.

 La comédie, The invention of Lying, montre à voir un monde où le mensonge n’existerait pas, la vérité étant un état de fait, chacun y accepte son sort avec résignation et réalisme, toutefois, il nous montre à quel point les mensonges sont inhérents à notre quotidien et font partie de l’ordre social.

  • Et le secret de famille?

« Nous trompons pour tirer avantage et cacher nos faiblesses » dit le magicien suisse Marco Tempest. Ne s’agit-il d’ailleurs pas certaines fois de cacher de lourds secrets également ?

« Le secret est avant tout l’information de la plus haute importance concernant un évènement honteux ou dramatique ou des comportements jugés comme répréhensibles de la part de certaines personnes. Cette information précieuse peut être connue d’une ou plusieurs personnes devant garder impérativement le silence.» François Vigouroux, psychologue définit le secret de famille comme un point clef de la transmission, c’est un passage qu’il décrit comme paradoxal car il est générateur d’obscurité, contraignant ainsi les descendants à nommer l’innommable.

Ainsi, les détenteurs du secret sont soumis à un clivage entre son intuition et les sécrétions du secret (non verbal, actes manqués, lapsus, évocations discrètes) et l’injonction de ne pas demander, le secret est innommable. Ces lourds secret engendrent des mythes familiaux puissants qui s’enracinent de générations en générations (l’innommable devenant progressivement impensable). Concernant l’émetteur, il subit des effets contradictoires d’avec la réalité, mais pour être aimée, la personne se conforme au mythe ; elle se ment donc à elle-même et transmettra ce message structurel à ses enfants. Il lui est donc difficile d’y trouver son identité propre. La fidélité au mythe empêche la parole de circuler réellement.Quant au détenteur du secret, il le garde précieusement, le cache, se taire est pour lui une obligation, il va déformer la réalité pour en établir une qui soit plus facilement acceptable au regard de la société, pour s’adapter une à une mythologie qu’il inventera. Il devra mettre en œuvre une imbrication de mensonges plausibles qui ne le dévalorisent pas et ne font pas état de sa honte (il s’agit de la création d’un mythe personnel pouvant devenir un mythe familial). Il sera partagé entre l’envie de dire et de ne pas dire, et à qui, la culpabilité est omniprésente du fait de la lourdeur du secret et des effets psychiques de ce mensonge. Le poids du secret reposera constamment sur ses épaules, l’amenant à se questionner sur les possibilités de révélation, la légèreté sera-t-elle au rendez-vous ? Et le secret sera-t-il à nouveau protégé ainsi que son image interne ?

Ainsi, certains mensonges sont protectifs et porteurs d’une histoire parfois difficile, jugée lourde et honteuse, mais ils ont souvent des effets inhibiteurs et destructeurs pour celui qui les porte. Toutefois, le mensonge transpire par des signes extérieurs.

  • Comment le mensonge nous apparait-il ?

La question de la détection des mensonges est au cœur de nos sociétés, on peut notamment en entendre parler au travers de séries télévisées ou films policiers. Les ouvrages dédiés à la détection des mensonges par le biais de la synergologie font leur apparition actuellement, marquant les préoccupations contemporaines de la société.

Si de nombreux chercheurs ont tenté de trouver des moyens de les détecter de manière fiable, aucun critère strict et invariable n’aura pu être défini. Toutefois, l’homme peut en détecter 80% par le biais des réactions verbales et non-verbales.

Les signifiants verbaux du mensonge :

La socialisation primaire du bébé passe par l’oralité et le sourire, lors de ses premiers mots pour affirmer son existence, même s’il se plie aux exigences éducatives parentales et sociétales, l’enfant va apprendre à s’opposer par le « non » afin d’exprimer ses désirs, mais mentira pour ne pas perdre l’amour de ses parents et préserver son intériorité. Ainsi, au fil du temps, il saura s’aguerrir et donner des explications plus élaborées, toutefois, adulte, des résidus de ces angoisses subsistent encore, générant un stress émotionnel lors des mensonges, d’où une expression verbale différente dans ces situations. En effet, lorsque nous mentons, notre stress agit sur nos fonctions respiratoires et notre système cardiovasculaire notamment et va générer des comportements involontaires comme une augmentation du timbre de la voix, plus aigüe, de grandes respirations, des soupirs, des bredouillements, un débit de parole soutenu notamment… Le discours semble préparé et est très détaillé, laissant donc peu de place aux questions gênantes. Ce discours amènera des tentatives de changement de sujet fréquentes assorti d’une feinte de l’émotion de la colère (l’imitation de la vexation d’être jugé menteur).

Toutefois, nous ne sommes pas égaux face au mensonge et chacun aura sa manière de les élaborer, ainsi, les déterminants restent généraux et vagues.

Le mensonge dans le non-verbal

Nos sociétés sont sous-tendues par un ensemble de codes sociaux et des sous-codes verbaux (par exemple, un italien utilisera davantage de gestes pour s’exprimer)

Le verbal et le non-verbal sont intimement liés et font corps tels que l’écrit Pascal Neveu. En effet, au travers de ma posture précédente d’assistante sociale j’ai pu par exemple observer la situation de Mme D., mère au foyer qui me dit « aimer rester à la maison s’occuper de ses enfants », toutefois, pendant qu’elle me dit cela, elle entame un mouvement de négation par la tête. C’est ainsi que j’ai pu comprendre qu’elle était animée par un nœud émotionnel profond, entre la femme qu’elle aimerait être, son rôle de mère et son histoire de couple. Elle souhaite toutefois protéger ses enfants en restant présente à la maison malgré son désir de mener une activité professionnelle épanouie.

Ainsi, s’il n’y a pas de constante dans le mensonge, peut-on également parler du mensonge à soi-même, est-ce d’ailleurs réellement possible d’être totalement honnête avec soi-même ? Le psychisme est une succession de rouages très complexes et l’honnêteté totale envers soi-même nécessiterait une intériorité permanente.

Le « menteur » porte en lui une vérité qui lui est propre dont il faut avant tout questionner les motivations, il est parfois pour lui nécessaire, par souci de préservation de son psychisme (comme pour le cas des secrets de famille notamment) Le mensonge est traqué dans nos sociétés, d’ailleurs les ouvrages à ce sujet sont de plus en plus nombreux, démontant le désir de contrôle sociétal.

 

SOURCES

Jean-Claude Kaufmann, Sociologie du couple, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1993, 128p.

 Robert Neuburger,  Le mythe familial, 4ème édition argumentée, éditions ESF,  1995, 197p.

 Journal le Nouvel observateur, Findus le scandale des lasagnes au cheval secoue l’Europe, 9 février 2013.

 Nicolas Machiavel, Le Prince, Ed le Cluny, Paris, 1938,p.56

 Arielle Thedrel, Journal le Figaro, Guerre d’Irak, comment tout a commencé il y a dix ans, 20 mars 2013. 

 Pascal Neveu, Mentir… pour mieux vivre ensemble ?,Psychologie du mensonge, L’Archipel, 2012, 208p.

 Boris Manenti, Journal le Nouvel Observateur, Photos. Le profil facebook ou l’autoportrait 2.0, 26 octobre 2011.

 Milan  Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être,1990, Gallimard,476p.

 Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, Le livre de Poche, réé dition, 1992, 256p.

 Ricky Gervais, Matthew Robinson, Film, The invention of lying, 2009, 100 minutes.

 Claire Delassus, Le secret ou l’intelligence interdite, Edition Hommes & Perspectives, 1993, P24

 François Vigouroux, Le secret de famille, éditions perspectives critiques, 2010, 127p.

 Martine Quesnoy-Moreau, Secrets intimes, secrets de famille ; ces secrets qui en disent long, Editions chroniques sociales, 2003, 112p.

 

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1 réponse
  1. Masque
    Masque dit :

    La question est ce qu’on peut vire sans mensonge ? Elle est où l’intégrité ? Elle est où la part du devoir être ? Le pire c’est qu’on se plaît à vivre dans le mensonge, tout à chacun au fond de soi, on le sais très bien qu’on se ment à soi même, tout a chacun dans un jeu de rôle, le pire, on se fait juge de toutes choses ou défendeur des causes qui entraîne des réactions, un enchaînement pavé de bonnes intentions, tout le monde se ment à soi même, ou du moins presque tout le monde, qui est capable de vivre sans mensonge ? 8voir les choses comme elles sont, une descente en enfer.

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