LA FRATRIE : Comment permettre des liens fraternels solides et positifs ?

Quand on devient parent pour la 2ème fois, de nouvelles interrogations apparaissent, celles liées à la fratrie. On se demande dès la découverte de la grossesse comment notre aîné va réagir à l’annonce et à l’arrivée de son petit frère ou de sa petite soeur. Si de nombreux ouvrages nous donnent des pistes de réflexions, on est parfois bien perturbés dans la vie pratique lorsqu’on souhaiterait faire au mieux pour tous nos enfants. On fantasme aussi parfois une belle famille soudée, où l’entraide remplacerait les cris et où la complicité serait reine. Oui mais voilà, entre la théorie et la pratique il y a parfois un bel écart … Alors comme vous, j’ai souhaité à l’arrivée du deuxième enfant, que mon aîné ne se sente pas « moins aimé ou « mis de côté »; puis son petit frère a grandi et lorsque ce dernier a commencé à se déplacer les problèmes ont vraiment commencé. Mon aîné si calme et doux ne supportait pas que son frère interfère dans son espace de vie, dans son espace vital ! Obligée de se replonger dans mes lectures, dans mes savoirs pour -je pense- avant tout me rassurer et pouvoir avancer plus sereinement. Car oui, qu’importe ce que vous lirez, sans confiance, rien ne se passe bien!

Et les mois ont passé, l’expérience m’a aussi fait progresser et surtout SURTOUT, mes enfants m’ont montré à quel point j’avais tort de douter d’eux, de douter de leur empathie naturelle et de leur envie innée d’aller l’un vers l’autre, de construire ce qu’il y a de meilleur.
En effet, à force de trop se poser de questions, on intervient trop et on a tendance à oublier que les enfants sont des êtres magnifiques, loin des névroses sociales et des angoisses liées au regard d’autrui: l’enfant aime !

En ce qui concerne la psychologie de la fratrie, cela a été longtemps oublié, on s’est d’abord concentré sur l’enfant (et vu le retard à ce sujet on va pas s’en plaindre …), mais l’enfant dans une fratrie ou sans fratrie n’évolue pas du tout de la même façon. J’avais d’ailleurs fait à ce sujet un article psychanalytique que tu peux lire ici:  L’enfant dans tous ses états .

En psychanalyse, FREUD a longtemps expliqué et cantonné les liens fraternels à la jalousie, en lien avec le complexe d’Oedipe… LACAN, en 1938 reprendra les travaux de WALON et creusera le sujet en ce qui concerne l’identification aux semblables, l’agressivité consécutive à cette identification, l’ambiguïté spectaculaire de la structure du Moi narcissique, le drame de la jalousie… Mais tout va encore se limiter à la jalousie et aux débordements paranoïaques à l’âge adulte. KAES mettra cependant en valeur un fait essentiel : la violence fraternelle n’est pas le simple reflet de l’oedipe, mais « une énergie spécifique inscrite dans un réseau déterminé de sentiments, d’événements, d’actions », ayant des conséquences sur la construction psychique de l’enfant et donc de l’adulte en devenir.  Car si à l’origine du sentiment fraternel se retrouve le sentiment d’appartenance à la famille, une ressemblance liée certes à la biologie mais aussi aux habitudes de vie (rituels familiaux, présentation, intonation de la voix, choix des vêtements, …), le partage de ce quotidien bienveillant et heureux, de la même histoire, et des mêmes émotions renforcent automatiquement l’attachement ! (ANGEL Sylvie)  C’est en effet « le partage de moments communs vécus, la construction de souvenirs communs » qui créent la fratrie (Rufo).

 

Mais alors comment se crée la fratrie et comment faire pour qu’elle soit source d’épanouissement pour tous ? 

Déjà il faut bien se dire qu’il est bien normal que nos enfants ressentent à certains égards une sorte de jalousie, liée à une possessivité et notamment de la mère, souvent figure d’attachement. Lorsque celle-ci dit s’occuper d’un nourrisson elle va forcément avoir moins de temps, d’énergie et de disponibilité psychique pour s’occuper de l’aîné. Une rivalité s’instaure donc et peut prendre plusieurs formes selon le tempérament et l’âge des enfants (violences physique ou verbale, imitations, « régressions »…). Sachez cependant que cette rivalité n’est pas forcément négative, elle permet entre autre une identification à son semblable et la possibilité aussi de faire lien avec un germain par opposition des figures parentales. Cela permet donc une relation de réciprocité qui n’existe pas sans fratrie. Sachez cependant, que l’écart le plus difficile entre deux enfants se situe entre 2 et 4ans selon les études; car plus proches les similitudes rapprochent plus qu’elles ne divisent, et un écart plus grand permet d’intellectualiser plus facilement, en amont, avec le plus grand – ce qui n’empêche pas de prendre en compte tous ses ressentis émotionnels, cela va sans dire. De la même manière, la rivalité est accentuée dans les fratries unisexuées. Le rôle des parents est alors prioritaire pour mettre en place une atmosphère propice à la complicité; pour se rendre disponible pour chacun des enfants. Pour que chacun soit et se sente écouté, compris, aimé. Ne l’oublions pas, l’enfant – que nous restons tous-  reste prisonnier des loyautés contradictoires entre son monde interne et les attentes conscientes et inconscientes de ses parents ! Difficile donc d’oublier que les envies des parents vont façonner l’être en devenir que sont nos enfants (à nous d’y travailler pour conscientiser le maximum de choses !!!).

 

Voici donc quelques idées clés pour une fratrie épanouissante:

1- Ne comparez pas, au risque de créer de la concurrence !
Chaque enfant étant unique il est donc plus bienveillant d’éviter au maximum (pas toujours évident) de les comparer, au risque de blesser l’un et de créer une relation d’autorité et de pouvoir entre vos enfants. Sachez plutôt mettre en valeur leur singularité.


2- Entretenez et mettez en valeur leur compétence
L’avantage des différences d’âge, notamment, c’est que chacun peut apporter à l’autre des choses différentes. L’aîné peut aider le(s) plus jeune(s) mais également l’inverse. C’est donc aussi important de ne pas figer l’enfant par son âge et donc son rang dans la fratrie en disant par exemple « toi tu es le plus grand donc…  » ; car tout ne doit pas se résumer à cette différence, créant sinon des frustrations et des injustices.


3- Proposez-leur des missions

Ainsi vous pouvez mettre en avant leurs compétences, en leur proposant des missions qui vont les mettre en confiance et les mettre en valeur dans la famille. Cela peut-être des petites choses comme « Peux-tu aider ton frère à se servir à boire? » ou « Tu peux donner le manteau à ta grande soeur? »

4- Donnez des moments de qualité à tous vos enfants, individuellement
Les « crises » de jalousie ou d’agacement arrivent bien plus souvent lorsque les réservoirs affectifs sont vides; ainsi il est essentiel de donner des moments de qualité à chacun de nos enfants. Il faut donc mettre en place des routines, des habitudes de vie où chaque membre de la famille, parents et enfants compris, peuvent se ressourcer.

5- Mettez en place des jeux et activités de coopération et éviter au maximum ceux de compétition
Il est malheureux de voir que nombreux sont les jeux qui mettent en avant la compétition, et ce depuis tout petit – même les jeux de cartes ou de société montrent l’exemple du « un contre un ». Dans le cercle restreint de la famille, de la fratrie, il est plus important de lier les membres par la coopération. De nombreuses études en psychologie sociale démontrent que pour lier un vrai lien solide entre deux personnes ou deux groupes, il est plus efficace de mettre en place un projet commun plutôt qu’un adversaire commun. Car dans le dernier cas la coopération ne durera que le temps de la lutte contre « un autre ». Tandis que dans le projet commun, la coopération va créer des liens plus solides, qui perdureront une fois le projet terminé.


6- N’en faites pas toute une histoire, mais ne banalisez rien

On s’inquiète trop lorsque nos enfants se disputent, on s’imagine de suite les relations désastreuses qu’ils vont avoir plus tard; ou on se dit qu’il faut à tout pris qu’on intervienne pour « protéger » celui qui nous semble le plus faible. Mais d’une part il faut savoir que plus vous dramatiserez le moment, plus la situation sera dramatique car par effet miroir vos enfants vont le ressentir et vous allez alourdir une situation qui ne l’était pas forcément avant votre intervention. De plus vous allez prendre le risque de beaucoup trop intervenir (cf point 7 en-dessous). Ainsi, prenez les choses avec plus de recul; cependant sachez réagir quand un de vos enfants est véritablement en détresse émotionnelle (ou juste avant, c’est mieux).

 

7- N’intervenez ni trop ni pas assez
Stewart (1983) a observé que près de la moitié d’un échantillon d’enfants âgés de 3-4 ans se montrait attentif et présentait des attitudes de réassurance et de réconfort envers leurs frères ou sœurs plus jeunes lorsque leur mère les laissait seuls dans une salle d’attente. Cette observation a été corroborée par d’autres travaux, qui tous montrent que même un enfant en âge préscolaire peut servir de figure d’attachement pour un enfant plus jeune.
Les enfants sont d’un naturel aidant et bienveillant, trop intervenir ne les aide pas à créer leurs relations, et pire encore ne leur permet pas de trouver leur propres solutions. Beaucoup d’études démontrent que les enfants arrivent nettement mieux à régler un conflit lorsque les adultes interviennent le moins possible (tout en restant vigilant, de loin, qu’aucun des enfants ne soit mis à mal bien sûr). Vous êtes un membre de la famille donc vous intervenez comme les autres, quand vous le souhaitez, en harmonie avec vos enfants et éventuellement votre compagnon/compagne; il faut simplement prendre garde à ne pas interférer dans une relation qui ne vous concerne pas, sauf demande contraire.


8- Ne prenez pas partie, pas de favoritisme car cela revient à créer de la concurrence
Plus encore que le traitement différentiel parental affectif, c’est la perception que se font les enfants de leur légitimité qui a des répercussions sur leur bien-être émotionnel. Ainsi prenez toujours au sérieux lorsqu’un des enfants vous dit « tu l’aimes plus »/ « c’est toujours pareil, c’est toujours lui/ elle qui… » . Car même si vous avez la sensation ne pas faire de différence, ce n’est pas votre réalité qui prime mais celle de l’enfant; car c’est sa vision des choses qui va créer ou non des relations saines et positives avec son frère/ sa soeur.


9- Montrez l’exemple (communication bienveillante)
On ne le redira jamais assez, mais l’enfant apprend par l’exemple! Comme il est inutile de dire à un enfant de crier en lui criant dessus, il semble tout aussi inutile de lui dire de pas prendre le jouet des mains de son frère/soeur, en lui reprenant des mains (tout en abusant de notre domination physique). Lui donner des pistes de réflexions, lui proposer d’échanger un jouet par un autre avec l’accord de l’autre enfant, de détourner l’attention, de communiquer sur ses besoins (selon l’âge, par les mots, les gestes, les regards)… permet avec de la patience d’éviter de plus en plus les crises fraternelles. L’exemple est aussi important au sein du couple parental, car bien souvent il se rejoue dans la fratrie ce que les enfants ont perçu des relations entre leur père et leur mère… Mettez donc l’accent sur l’expression des besoins de chacun.


10- Ayez confiance !

En bref, ayez confiance, en vous, en eux. Les enfants ont des compétences naturelles magnifiques, nous sommes des êtres sociaux par nature; ainsi entourés de bienveillance et de votre bienveillance, tout est mis en place pour créer des liens fraternels épanouissants.

 

 

Si vous souhaitez aller plus loin sur cette thématique de la fratrie, pour des relations apaisées, et creuser de votre côté, je peux vous envoyer en lecture les diverses ressources que j’ai collecté sur le site du CAIRN.

 

Ressources concernant la fratrie

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N’oubliez pas d’aller vérifier dans vos SPAMS 🙂 

Je vous envoie certains liens de la bibliographie ci-dessous, ce sont des lectures gratuites que vous pouvez aussi trouver par vous-même;  je vous les propose simplement par envoi mail  afin de vous faire gagner le temps de la recherche !

BIBLIOGRAPHIE

ANGEL Sylvie, La fratrie, des liens indestructibles, Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, n°32, 2004

BOURHABA Samira, Singularité et multiplicité des liens fraternel, Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2004

COURTOIS Anne, Guerre parentale et clivage de la fratrie : un double enfermement. Ouvertures cliniques, cahier de psychologie clinique, n° 31, 2008

COPPER-ROYER Béatrice, Rivalité et jalousie : nuages sur la fratrie, La famille sans dessus-dessous,  2013.

FABER et MAZLISH, Frères et soeurs sans rivalité, Edition Phare, 2013.

PUTHOMME Serge,  Une autre forme de thérapie familiale ?, le divan familial, 2003.

PARIS Martine, La construction du sein fraternel, le divan familial, 2003.

PUJET Janine,  À partir du lien fraternel : obligation ou solidarité , Le Divan familial 2003.

RUFO, Frères et soeurs une maladie d’amour, livre de poche, 2003. 

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