Fanny Vella, une zébrette hypersensible qui a fait de sa différence une force ! 

Aujourd’hui j’ai l’honneur de mettre en lumière une femme, une mère, une illustratrice qu’on connait bien et si peu à la fois : Fanny VELLA, qui alimente de son talent les comptes @fannyvella et @fannyvellabds .
 Si nous pouvons la suivre quasi quotidiennement sur les réseaux sociaux dans ses divers engagements (adultisme, parentalité non violente, écologie, maternage proximal mais aussi sensibilisation à la perversion narcissique sur son 2ème compte), j’avais ici envie de l’interviewer sur la question bien particulière de sa douance et de son hypersensibilité.
J’espère que ses réponses pourront vous aider à entrevoir que chaque zèbre a ses propres rayures, uniques et incroyables.

1- Pourrais-tu te décrire en quelques mots pour celles et ceux qui ne te connaissent pas  encore?

Coucou ! Alors moi c’est Fanny Vella j’ai 30 ans je suis illustratrice. J’ai surtout orienté mon travail autour de l’éducation en proposant de changer d’angle sur notre façon de traiter les enfants, en transposant des situations classiques entre adultes et enfants à celles d’adultes entre eux. J’illustre aussi des livres et cette année pour la première fois je me suis lancée dans un projet que je mène seule en étant aux rennes du scénario et de l’illustration. J’y aborde le thème des relations toxiques dans une BD qui sortira en janvier 2020.
Je suis une amoureuse transie et la maman comblée d’une petite Ellie qui m’a permis de changer complètement mon rapport au monde et à ma propre personne.

2- Comment as-tu découvert que tu étais zèbre et hypersensible ?

Mon hypersensibilité n’a jamais fait doute chez moi. On me le répète depuis toute petite me mettant en garde sur ma (trop selon mes proches) grande empathie. Je crois que même sans ça j’aurai fini par me rendre à l’évidence qu’une personne plus modérée ne peut décemment pas pleurer autant devant une publicité de supermarché et encore moins finir en PLS après avoir fini un indigeste téléfilm de 14h sur M6. Depuis je n’ai plus la télé et ça va vachement mieux.
Pour le côté zèbre,c’est drôle de le raconter ici mais il se trouve qu’en fait je suis pas mal pote avec la personne qui pose les questions et que par le plus curieux des hasards (mais en fait pas tant je crois) j’ai pu servir de cobaye au test qu’elle propose pour tester son haut potentiel.
L’idée était juste de pouvoir lui faire un retour sur la fluidité du test et sa façon de l’aborder et puis le verdict est tombé. J’ai beaucoup ri puis je lui ai demandé environ 17 fois dans les semaines qui ont suivies si elle était certaine de ne pas s’être trompée. Élodie tu étais catégorique j’étais bien zèbre et tu as ouvert une fenêtre bien fermée chez moi, celle de la confiance en mes capacités intellectuelles.

3- Comment cela se matérialise dans ton quotidien ?

Du côté zèbre je suis encore en plein cheminement, j’analyse petit à petit cette caractéristique qui m’a fait penser toute ma vie que j’étais différente, pas adaptée au schéma scolaire, un peu trop tout dans toutes les situations. Ça va de paire avec mon hypersensibilité et je n’arrive pas à dissocier les deux puisque j’ai l’impression qu’elles sont indubitablement liées. Toutes les extrêmes de mon tempérament corroborant parfaitement avec les caractéristiques de ces deux particularités.
J’ai l’impression d’avoir un cerveau qui ne se repose jamais, le moindre fait se transforme en un cheminement de pensées presque inarrêtable, parfois j’ai l’impression d’être dure à suivre pour mes proches et la moindre émotion prend des proportions astronomiques. Il n’y a rien de modéré chez moi mais depuis peu j’en fais une fierté.

4- Ressens-tu ou as-tu ressenti, plus jeune, un décalage avec les autres ?

Bien sûr, j’étais persuadée d’être différente, d’ailleurs j’attends toujours ma lettre de Pouddlar. Plus jeune j’étais sure d’être dotée de capacité extrasensorielles (ne me jugez pas j’avais 10 ans). Ensuite j’ai traversé une « crise d’adolescence » vraiment intense et rien ne me semblait adapté aux extrêmes de mon tempérament, j’étais avide d’aventure, je voulais vivre des choses intenses j’étais à la recherche perpétuelle de mission de vie, je voulais du sens, être juste « là » ne me suffisait pas il fallait vivre à s’en couper le souffle.
Du plus loin que je me souvienne je faisais des insomnies depuis toute petite, enfant je m’inventais des histoires au creux de mon lit et ne finissais par m’endormir que dans la construction de mon scénario, quand l’héroïne que j’étais avait enfin sauvé la planète et quand j’essayais de raconter ça les autres me disaient qu’eux, la nuit, ils dormaient.
Je dois dire qu’outre cette imagination débordante qui accaparait mes nuits et mes heures de cours je rentrais parfaitement dans le moule, je m’adaptais j’étais facile à intégrer puisque je calquais mes attitudes selon les personnes avec qui j’étais. Je crois que j’ai mis véritablement 30 ans à trouver qui j’étais et cesser d’être celle que je pensais qu’on attendait que je sois.

5- Est-ce que ta douance et ton hypersensibilité sont des caractéristiques dont tu parles plutôt facilement ? Pourquoi ?

Non ça n’est vraiment pas facile à aborder, et puis la douance est toujours synonyme de supériorité intellectuelle pour certains. Si je l’aborde je veux le faire comme il faut, en expliquant les caractéristiques de cette spécificité, je veux le temps et l’espace de parole nécessaire pour parer aux a prioris qui accompagnent un tel diagnostic (je suis pas sure que le terme soit approprié?). Je n’ai pas de souci avec le fait de l’être et aujourd’hui je sais que c’est une vraie force pour prendre confiance en moi c’est juste que ça n’est pas quelque chose qu’on sort entre le fromage et le dessert.

6- Beaucoup de personnes de ma communauté vivent leur sensibilité négativement, et voient cela comme un handicap. Le vois-tu ainsi ?

Il y a longtemps je t’aurai dis « oui mille fois oui » parce que mon hypersensibilité me paralysait, je pouvais me gâcher des repas si je voyais une personne manger seule au restaurant, avoir besoin de plusieurs heures pour faire passer la grosse boule dans ma gorge après avoir croisé un SDF ou un visage triste dans le métro. J’étais vraiment très en colère de voir que des éléments extérieurs à ma vie et à mon champ d’action possible, me mettaient dans ces états là. J’étais épuisée de me flageller sur mon incapacité à rendre tout le monde serein et heureux. Ça paraît presque prétentieux de penser qu’on peut avoir un impact sur la vie de toutes les personnes qu’on croise et de culpabiliser de ne pas le faire.
Et puis j’ai pris le taureau par les cornes et je suis allé travailler dans le social, une voie qui m’attirait depuis longtemps mais que mes parents m’avaient déconseillé de prendre puisqu’ils avaient vu l’impact de mon empathie sur mon état émotionnel à l’adolescence.
Et ça a été vraiment salvateur, je faisais ce que je pouvais et je nourrissais mon besoin d’humanitaire à mon échelle. Travailler avec des personnes porteuses de handicap m’a permis de leur porter un regard totalement différent quand j’en croisais ensuite, comme si mon inconscient se disait « tu fais déjà quelque chose tu n’as plus besoin de culpabiliser ».
Aujourd’hui j’ai compris qu’il fallait juste que je donne du sens à ce que je faisais pour mieux vivre ce flot d’émotions, j’ai réussi à associer ma passion pour le dessin avec ce besoin d’action sociale. Et peu importe que le rayon de ces messages soit plus ou moins élevé je me dis qu’au moins j’essaye.

7- Tu défends sur les réseaux sociaux tes valeurs avec conviction, et j’imagine que tu dois être l’objet de certaines critiques. Comment arrives-tu à conjuguer ton hypersensibilité avec les réseaux sociaux ?

Sincèrement on s’endurcit, parfois on a des périodes plus sensibles et contre 20 messages positifs un seul peut nous faire douter et vouloir tout arrêter. Après j’ai la chance d’avoir un amoureux incroyable, qui outre le fait qu’il me rassure sur la pertinence des messages que je tiens à faire passer, me soutient réellement dans les valeurs que je défends, quand il y a des gens qui ne sont pas d’accord ou pas contents je me remets en cause sur la forme du message et plus jamais sur le fond. C’est déjà un pas de géant pour moi.

8- On pense souvent que la douance est une question d’intelligence, mais c’est bien plus complexe. Comment toi, tu définirais tes rayures de zèbre ?

Personnellement j’étais une zèbre qui se pensait bête, pas à la hauteur de certaines conversations, alors le stéréotype du « surdoué » ne colle pas du tout. Comme tu le dis les rayures sont différentes chez chacun, chez moi je pense qu’elles se dessinent surtout sous mon imagination débordante, mon grand besoin de justice et un besoin intense de créer et d’amener du sens dans ce que je fais. Je pense aussi que j’ai besoin de vivre des émotions fortes et que je suis vraiment trop malheureuse dans les périodes de creux émotionnels.

9- Dirais-tu que tu as « trouvé ta place dans cette société » ?

Oui je suis entourée de personnes incroyables qui ont appris à tempérer mes émotions débordantes ou au moins à les accepter, mes amis se moquent de moi gentiment sur le « TROP » qui me définit, avec moi tout est toujours « trop génial » « trop triste » « trop beau » « trop trop trop » la seule chose qui m’importe c’est qu’on ne doute jamais de la sincérité de ces émotions qui en décontenancent plus d’un.
J’ai aussi la chance incroyable d’avoir un métier qui me permet d’allier ces spécificités et de les transformer en énergie créative.

10- Pour conclure cette interview, une dernière chose que tu aimerais partager ?

« Si vous avez déjà été appelée «trop» ou «trop émotive» ou «trop garce» ou encore «trop coincée», vous êtes probablement une vraie Femme «Trop».

Et si vous l’êtes. . . Je vous implore d’embrasser tout ce que vous êtes, toute votre profondeur, toute votre immensité; de ne pas vous retenir et de ne jamais abandonner votre grandeur ou votre éclat brillant.

Oubliez tout ce que vous avez entendu! Votre côté «Trop» est un don. Oh oui, un don qui peut guérir, inciter, libérer et transpercer directement au cœur des choses.

N’ayez pas peur de ce don, et ne laissez personne vous en détourner. Votre coté «Trop» est magique, c’est une médecine. Il peut changer le monde.

Vous ne me croyez pas ? Vérifiez ceci: Toutes vos femmes préférées, celles qui ont faites l’histoire, celles qui ont prêté leur voix pour le changement et celles qui se sont courageusement autorisées à être exactement qui elles sont. Quelques exemples: Oprah, Ronda Rousey, Beyoncé, Kali, Misty Copeland, Janet Mock, Marie-Madeleine . . .  Elles sont toutes des Femmes «Trop» !

Alors je t’en prie Femme «Trop»: Demande, Cherche, Désire, Grandis,  Bouge, Ressens, Sois.

Fais des vagues, attise tes flammes et donne-nous des frissons.

Je t’en prie, lève-toi.
Nous avons besoin de toi.

~ Ev’Yan Whitney »

Si tu veux suivre ou soutenir le travail de cette belle artiste c’est par ici :
@fannyvella et @fannyvellabds .

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6 réponses
  1. Julie
    Julie dit :

    Coucou, au top cette interview, le hasard fait bien les choses!!! Se découvrir zèbre et tout comprendre, comprendre son enfance, ses ressentis, ses douleurs, ses forces….que c’est salvateur !!! En même temps avant même ce test je ne doutais aucunement que Fanny était zèbre avec ses rayures qui lui sont propres mais quelles sont jolies!!!!!

    Répondre
  2. Magali
    Magali dit :

    Merci pour cet interview et surtout très agréable à lire quand on suit déjà Fanny. Je suis fan et maintenant que j’ai lu cet article j’ai compris pourquoi !

    Répondre
  3. Zeb
    Zeb dit :

    Fanny est une personne qui a su mettre son talent et sa sensibilité au service d une (et de plusieurs) bonne cause. On ne peut etre que touché par ces illustrations, elle est de ceux qui plantent des graines dans l esprit des gens et fait avancer les choses.

    Il y a quelques mois j ai voulu poser la question à Fanny, à savoir si elle était zèbre (Ou si elle connaissait la douance). Mais je ne l ai pas fait parce que j ai trouvé ça indiscret venant d une inconnue, et comme le sujet n était jamais abordé je me suis dit qu elle ne le savait peut etre pas. Voilà c est chose faite !
    Je lui souhaite le meilleur.

    Répondre

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