Après l’interview des deux papas qui gèrent la chaîne « Pères Indignes », nous continuons notre tour d’horizon de personnes extraordinaires du quotidien avec Samantha, une amie, une puéricultrice, une de nos ecrivains mais surtout une formidable maman bienveillante IEFeuse!
En effet, Samantha a deux petits garçons pour lesquelles elle n’a de cesse de se remettre en question pour donner le meilleur d’elle-même chaque jour.
D’autant qu’elle a choisit de faire l’instruction en famille, un choix atypique, et c’est avec plaisir qu’on a hâte de t’en dire plus sur son mode de vie 🙂

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1/ Samantha, pourrais-tu nous en dire plus sur toi en quelques mots?

J’ai 33 ans, je suis maman de 2 garçons de 6 ans et 17 mois, puéricultrice de formation en congé parental actuellement, mais investie dans quelques associations.

Nous vivons avec leur papa dans la campagne corrézienne.

 

2/ Tu pratiques donc l’instruction en famille, comment ce choix s’est-il imposé à toi? Le papa et toi, étiez-vous d’accord?

Depuis  la naissance de Petit Lapin., j’ai beaucoup cheminé ! J’ai découvert le maternage proximal, l’éducation non violente et c’est plutôt naturellement que nous avons décidé de vivre avec ces concepts.

Aussi, nous avons fait en sorte que notre bébé puis bambin soit respecté dans ses rythmes de vie et d’apprentissage.

Il était prévu qu’il aille à l’école,mais j’ai vite senti monter une angoisse en l’imaginant, du haut de ses 3 ans, entouré d’enfants inconnus et trop nombreux, dans un milieu qui nous paraissait très éloigné de notre quotidien. J’ai d’abord envisagé de l’y mettre le matin 4j/semaine, mais je n’étais pas sereine à cette idée. De plus, alors qu’il y allait régulièrement avec sa nounou chercher ses enfants, il n’a jamais demandé à aller à l’école.

J’ai entendu parlé de l’IEF, j’ai lu, surtout des  témoignages, discuté avec des parents unschoolers sur des groupes facebook. C’était pour moi la seule  façon de  permettre ce continuum qui  guide depuis sa naissance notre accompagnement parental. Mon compagnon  n’a pas été difficile à convaincre car il a gardé un très mauvais souvenir de l’école (ce qui n’est pas mon cas, je tiens à préciser 🙂 )..

 

3/ Il me semble que tu ne suis pas de pédagogie particulière au quotidien, peux-tu nous en dire plus sur l’apprentissage dit « autonome »?

J’ai découvert cet pédagogie avec le film “Etre et devenir” de Clara Bellar. Une vraie révélation pour moi !

Il s’agit de laisser l’enfant maître de ses apprentissages. Le parent n’est pas là pour enseigner à son enfant mais pour le guider, l’aider à trouver les ressources nécessaires pour rassasier sa soif de connaissances sur le thème que l’enfant aura lui même choisi.

Avec mon compagnon, nous n’avons pas la même confiance en cette pédagogie. Il a davantage besoin que moi d’être acteur dans les apprentissages de notre aîné. Il existe clairement des temps d’apprentissages entre lui et notre fils. Cependant, il utilise toujours le jeu (au sens large), induit des intérêts, mais respecte l’adhésion ou non de Petit Lapin.

Donc, nous ne suivons pas la pédagogie des apprentissages autonomes de façon très stricte (certaines familles ne proposent jamais rien à l’enfant, le laissant totalement libre dans ses apprentissages). Par contre, nous ne suivons pas non plus le programme de l’éducation nationale, et nous n’avons pas de temps quotidien consacré à des apprentissages formels.

 

4/ Cela demande un certains lâcher-prise, et une grande confiance en l’enfant non?

Oui ! J’ai souvent douté d’ailleurs. Mais Petit Lapin nous prouve quasi quotidiennement que nous avons fait le bon choix en ce qui le concerne 🙂

Cela requiert aussi beaucoup de remise en question sur nos propres formatages, et nos attentes vis à vis de lui et de son avenir.

Pour tout dire, UN type d’école correspond à notre idéal : l’école démocratique. Petit Lapin a été dans une telle école quelques mois (l’école a dû fermer), et c’était vraiment chouette ! Il était libre de ses apprentissages et en collectivité (tranche d’âge de 3 à 11 ans), avec tout ce que cela implique. C’était très complémentaire de notre vie à la maison (il n’y allait pas tous les jours).

 

5/ Beaucoup de personnes s’inquiètent de ce style d’apprentissage, notamment pour la lecture et l’écriture, expliquant que c’est à l’adulte de se positionner comme instituteur. Qu’en penses-tu ?

Je suis persuadée qu’un enfant peut apprendre à lire seul.

Petit Lapin, lui, n’a pas appris totalement seul. Au départ, il a fait des jeux oraux et écrits (sur une ardoise) proposés par son papa qui adaptait le niveau de difficultés.Ça s’est fait par périodes.

Une fois, à la médiathèque, j’ai vu Petit Lapin lire seul un mot sur la couverture d’un livre.

Depuis quelques mois, il sait lire. Son premier livre de lecture a été un livre de recettes pour enfants (recettes que nous faisions évidemment 😉 ). Il lit uniquement par nécessité pour le moment.

L’écriture est venue toute seule par contre. Par mimétisme je pense.

Je me suis rendu compte juste hier que, alors qu’il n’écrit quasiment jamais, son graphisme évolue. En septembre, il écrivait les lettres de manière disproportionnée, il fallait se contorsionner pour le lire. Aujourd’hui il dessine les lettres des mots de la même taille et a considérablement réduit la place du mot sur l’ardoise 😉

 

6/ Et en ce qui concerne la « socialisation » des enfants, c’est un sujet qui revient souvent, quel est ton avis là dessus?

Je m’en suis un peu inquiétée quand Petit Lapin était plus petit, car il n’allait pas vers les autres enfants, était très collé à moi. Aujourd’hui, alors que je n’ai rien changé à ma façon de répondre à ses besoins, non seulement il va très facilement vers les autres enfants, mais également vers les adultes. Il est vraiment très sociable !

Notre quotidien est fait de rencontres : au square (je fais attention à y aller à des heures d’affluence, il préfère), rencontres non sco, activités péri scolaires, courses…rien d’extraordinaire mis à part que nous pouvons prendre le temps de nous attarder et que la tranche d’âge des personnes rencontrées est peut être plus large.


7/ Comment tu décrirais une journée type avec tes enfants non scolarisés ?

Je n’ai qu’un seul enfant non scolarisé 😉 Petit Lapin est le seul de mes enfants en âge d’être instruit comme le demande la loi française.

Pas vraiment de journée type mais des semaines type : le lundi, en général, nous restons à la maison et sortons en fin de journée au square. Le mardi et le jeudi, nous allons souvent voir les copains (ou ils viennent à la maison, ou nous nous rejoignons quelque part), le mercredi et le vendredi, les enfants passent la matinée avec moi et l’après-midi avec leur papa. Le week-end, nous passons plus de temps en famille, au gré des occupations de chacun.

Petit Lapin va à l’école du cirque le mercredi matin.

À la maison, tout dépend de l’humeur du jour, de l’ambiance générale. Ce n’est pas toujours simple de trouver l’équilibre entre les besoins très différents de chacun.

Je fais au mieux pour répondre aux sollicitations de chacun de mes enfants, qui comme dans beaucoup de familles je pense, ont le chic pour demander mon attention en même temps 😉

Quand ils sont avec leur papa, ils sont souvent à l’extérieur car il a beaucoup d’occupations diverses (il s’occupe d’une ferme et d’une boulangerie/épicerie familiale).

 

8/ Selon toi quelles sont les avantages et les inconvénients de la non scolarisation que ce soit pour tes enfants ou pour les parents ?

Pour les enfants, les avantages sont multiples si je compare à une scolarisation en école traditionnelle : respect du rythme de vie et d’apprentissages principalement.

Tant que je ne travaille pas, nous n’avons quasiment pas de contraintes horaire, cette liberté est très appréciable. Nous pouvons partir en vacances quand bon nous semble.

Je vais reprendre le travail à mi-temps l’été prochain. Notre plus grosse difficulté va être de trouver le mode de garde qui respectera au maximum leurs rythmes de vies et la personne qui acceptera de s’occuper de nos 2 enfants (dont un non scolarisé) uniquement sur mon temps de travail.

À la campagne, il faut beaucoup bouger (rouler) pour faire des rencontres/activités. Dans notre département, les familles non sco sont plutôt éparpillées. C’est d’ailleurs devant ce constat que nous avons décidé de créer un lieu destiné aux familles non sco de notre département (et d’ailleurs), un lieu qui, nous l’espérons, facilitera les rencontres.

Avoir ses enfants avec soi tout le temps demande beaucoup d’énergie et une bonne organisation parentale afin que les besoins de chacun (enfants compris) soient entendus et respectés (c’est loin d’être simple 😉 ).

Enfin, le principal inconvénient, même si on peut le juger nécessaire, reste le contrôle annuel de l’inspection d’académie. En effet, entre 6 et 16 ans (tranche d’âge soumise à l’obligation d’instruction), la loi française demande le contrôle des enfants instruits en famille (à l’école traditionnelle, c’est l’enseignant qui est contrôlé).

Nous avons fait la déclaration en Mairie et à l’inspection d’académie, nous attendons maintenant la suite des événements.

Évidemment, les inspecteurs effectuent leurs contrôle selon le socle commun de connaissances de l’Éducation Nationale. Comment notre choix de ne suivre aucun programme  va-t-il être perçu et respecté ?…suspence !

 

 

9 / Si tu avais à donner un conseils aux parents qui s’interrogent sur le fait de scolariser ou de déscolariser leurs enfants, que leur dirais-tu?
Je pense qu’il faut s’informer (auprès d’associations par exemple) et rencontrer d’autres familles.

Pour moi, l’enfant à a également une place importante dans la prise de décision, ses envies/demandes/opinions doivent être considérés.

Et puis l’un n’empêche pas l’autre. L’Instruction En Famille est un droit et peut être une expérience plus ou moins longue. J’ai rencontré  une fois une famille dont l’une des enfants avait un parcours scolaire très atypique : une année à la maison, l’autre à l’école, puis la suivante à la maison…

Rien n’est figé 🙂

 

10 / Je sais, aussi, de source sûre que tu pratiques l’éducation bienveillante, sur cette thématique, y’a t-il une chose ou un mantra qui te porte au quotidien?

Je trouve que cette phrase de Marshall Rosenberg résume bien ma vision de l’éducation en général :

“C’est dangereux d’enseigner à un enfant qu’il n’a pas d’autres choix que de faire ce qu’on lui dit”

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On remercie Samantha d’avoir partagé avec nous sa vision et son expérience de l’instruction en famille et on espère que cela t’a apporté des réponses à certaines de tes questions.
Tu peux bien sûr la retrouver sur sa page Facebook si cela t’intéresse.
Sa page Facebook: https://www.facebook.com/cheminsdevies/

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