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Interview de Jeanne Sélène: une autrice engagée et bienveillante

Après l’interview de Magalie, une doula au service des mères, nous avons la joie de vous présenter Jeanne Sélène, une personne dont on a fait la connaissance il y a peu, mais avec qui on partage tant de choses qu’on en est tombés follement amoureux!
Une autrice d’exception qui a repensé totalement sa vie à la naissance de son enfant, qui donne le meilleur d’elle-même pour tenter humblement à son tour d’apporter quelques graines de bienveillance dans ce monde qui en a tant besoin.
Une millitante à sa façon, une mère attachante et une femme d’exception !


1- Jeanne, tu es donc maman d’un petit bonhomme de 2ans dont tu t’occupes à la maison ; la première question qui me vient c’est : comment arrives-tu à concilier vie privée et vie professionnelle ? En effet, ce n’est pas le plus facile !
Mon mari travaille en entreprise avec des horaires classiques, du lundi au vendredi. En semaine et en journée, j’essaie d’être au maximum présente pour Elven : nous jouons à la maison, nous prenons soin des animaux et du jardin, nous nous baladons, nous allons à des rencontres avec d’autres enfants et/ou adultes, etc. Depuis sa naissance, les moments de sommeil en journée sont rares et courts. Pendant les phases d’éveil, il a toujours fallu beaucoup bouger. Le portage m’a vraiment sauvée, mais je ne pouvais pas pour autant me poser à mon bureau ou juste faire la vaisselle. Heureusement, en grandissant, Elven apprécie de participer aux tâches ménagères et cela me permet d’organiser un peu mieux la maison et les repas (même si c’est le plus souvent le bronx !). Mais quand il était plus petit, en dehors des quelques moments de sieste : il fallait marcher, chanter, danser… Comme s’il était déjà rempli d’une énorme soif de découverte ! Alors même si elles sont courtes et rares, j’essaie malgré tout « d’optimiser » la moindre sieste en travaillant. Je privilégie alors la communication et la paperasse. Actuellement, la sieste n’est plus systématique et elle dure le plus souvent une quarantaine de minutes, ce n’est pas suffisant pour que je puisse entrer dans mon écriture, je suis plutôt lente dans la phase d’immersion. Au moins un soir par semaine, mon mari prend soin d’Elven, ce qui me permet soit de travailler à l’écriture, soit de réaliser mes émissions de radio ou mes conférences à l’extérieur. J’avoue que je travaille aussi souvent la nuit, quand tout le monde dort, mais je ferais mieux d’en faire autant… Le week-end, je suis le plus souvent en salon ou dédicace, Elven est alors avec son papa. Lorsque je ne suis pas en déplacement, j’avance sur mes écrits à ce moment-là. J’anime aussi parfois des ateliers auprès de personnes âgées et Elven fait alors partie intégrante du projet. Grâce à sa présence se crée un lien transgénérationnel absolument magique. Au final, c’est toute une organisation familiale qui ne m’engage pas seule, mais nous engage vraiment tous.

 

2- J’ai cru comprendre lors de ta présentation dans notre communauté (groupe facebook dédié à la bienveillance) que tu avais changé radicalement ta vie à la naissance de ton fils, peux-tu nous en dire plus ?
Je travaillais en libéral comme orthophoniste. J’avais déjà effectué beaucoup de changements dans mes pratiques et aussi réduit le nombre de mes rendez-vous à cause de soucis de santé, mais je ne me sentais plus à l’aise dans cette profession. On nous demandait de plus en plus de paperasse, de participations bénévoles, de faire entrer les gens dans des cases, notamment les enfants pour lesquels la pression scolaire est absolument énorme. Beaucoup de patients ou d’aidants (parents ou proches) ne parvenaient pas à appréhender précisément le rôle de l’orthophonie, ce qui me mettait souvent dans des situations très difficiles émotionnellement. En même temps, au fil de mes formations complémentaires, j’avais découvert d’autres approches qui me permettaient de travailler d’une manière plus holistique, moins sur le(s) symptôme(s), plus sur les fondations et la partie immergée de l’iceberg. Malheureusement, le conventionnement avec la Sécurité Sociale et tous les aspects évoqués plus haut ne me permettaient pas de travailler correctement en alignement avec mes nouvelles convictions. Pour vous donner un exemple concret, le conventionnement fixe entre autres des tarifs à la séance, ce qui fait que lorsque je travaillais avec une approche thérapeutique en réorganisation neuro-fonctionnelle et que j’avais alors besoin de voir le patient pendant une heure, j’étais payé comme pour une séance d’une demi-heure. Pour résumer, lorsque je travaillais en alignement avec mes nouvelles compétences, mes recettes étaient divisées par deux, alors que mes charges restaient à peu de chose près identiques. À cette période, je me versais chaque mois moins d’un SMIC horaire et avec une protection sociale minimale puisque libérale. Le tout en étant le plus souvent très mal émotionnellement… Heureusement que j’avais une collègue fantastique! Quand Elven est arrivé dans notre vie, j’ai accueilli le congé maternité avec un immense soulagement. J’avais mis de côté un maximum d’argent et prévu un arrêt de 6 mois, car je tenais absolument à allaiter exclusivement avec une succion sur le sein pendant ce temps-là. Plus la date de la reprise approchait, et plus j’angoissais à l’idée de reprendre ce travail qui ne me correspondait plus vraiment. Pour autant, je n’imaginais pas d’alternative. Il a pourtant bien fallu en trouver une puisque, la veille de ma reprise, la personne qui devait prendre soin d’Elven m’a plantée. Ça a été un stress énorme : il a fallu que je trouve quelqu’un en urgence pour prendre la suite des rééducations… Heureusement que ma remplaçante comptait s’installer avec nous, c’est elle qui a repris le cabinet ! Au final, j’ai pris cet événement comme une opportunité pour développer mon activité d’autrice et je ne le regrette pas, même si rien n’est encore gagné. Je suis encore loin de pouvoir payer toutes mes factures avec ce travail!

 

3- Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui souhaiteraient, elles aussi, repenser leur vie ?
Je ne suis vraiment pas sûre de pouvoir donner des conseils… Je pense que le plus important, c’est vraiment de se sentir en accord avec soi-même. Ce n’est pas forcément confortable pour autant, les inquiétudes ne disparaissent pas, mais je pense que cela aide à ponctuer notre vie d’instants de bonheur.

 

4- Tu t’es donc dirigée vers l’écriture – ou plutôt redirigée puisque tu as écrit ton premier roman à 14ans – de quel univers t’inspires-tu ?
J’écris dans des genres et des formats très différents : romans, nouvelles, albums ; fantasy, contemporain, horreur, dystopie ; aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes… En fait, je m’inspire de la vie, de mes connaissances sur la psychologie, le développement de l’humain, les neurosciences… J’ai toujours été très curieuse et j’ai eu la chance de faire des études en sciences du langage et en psychologie cognitive en plus de mes études d’orthophonie et de mes nombreuses formations complémentaires. Toutes ces connaissances et celles apprises en autonomie nourrissent mes ouvrages. Lorsque j’ai écrit mon tout premier roman entre 1999 et 2001, j’étais en effet très jeune. Je me suis surtout inspirée de mes nombreuses lectures d’adolescente (Anne McCaffrey, Mercedes Lackey, Guy Gavriel Kay, David Eddings, Tolkien, Robert Merle, Barjavel, Jéromine Pasteur, Anne-Sophie Tiberghien, Solenn Bardet…), mais aussi de tout ce que je percevais d’injuste dans la société. C’est pour cette raison que ce roman de fantasy parle principalement du sexisme et de la place des femmes dans une société fortement patriarcale. J’ai utilisé la magie pour justifier cette inégalité. Au lieu qu’il s’agisse d’une culture totalement intégrée par tous à force d’habitude, comme dans notre monde réel, il s’agit dans mon pays fictif d’un sort magique jeté sur les humains, quel que soit leur sexe. En fait, l’aspect imaginaire m’a permis de mettre à distance le lecteur : on est bien plus critique quand on juge la culture des autres, surtout si c’est dans un monde totalement inventé ! À travers l’évolution de mes personnages, j’ai cherché à questionner tous les aspects du sexisme : les injonctions faites aux femmes, aux hommes, ce que cela implique dans les relations, les limitations également, comment la haine renvoie la haine, etc. Alors c’est bien sûr avant tout un roman d’aventures, mais c’était aussi et surtout un moyen pour moi d’exprimer un mal-être qui me rongeait. D’ailleurs j’ai surtout écrit pour moi, au début. Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle, car signe d’une prise de conscience plus que nécessaire, mais plus les années passent, et plus on me dit que ce roman est d’actualité !

 

5- Tu défends dans tes ouvrages de nombreuses causes, telles que le véganisme, la bienveillance, le féminisme; te dirais-tu un peu « militante » ?
Oui, je pense que ma posture est clairement militante. Je milite pour l’accès au savoir principalement. On nous parle beaucoup de l’importance du choix, que chacun doit respecter le choix des uns et des autres. Mais pour choisir, il faut avoir toutes les données en main. Le choix doit être libre, mais surtout éclairé. Alors je tente, avec mes petits moyens, d’apporter un éclairage. À travers mes émissions de radio et mes conférences, j’essaie d’apporter un savoir « brut ». À travers mes ouvrages destinés aux enfants, j’essaie d’être une goutte d’eau pour ouvrir le regard des plus jeunes. Par exemple, lorsque je glisse une scène de co-allaitement dans un album, je me dis que l’enfant sera plus apte à trouver une telle scène normale en grandissant, puisqu’il l’aura vue dans un livre.

 

6- Il me semble que tu es, comme nous, abonnée aux choix « atypiques » comme l’apprentissage autonome, l’accouchement à domicile, le cododo, l’allaitement long, le véganisme… Penses-tu que c’est difficile à assumer, à vivre au quotidien, dans cette société?
Je suis en effet régulièrement confrontée à la peur, par méconnaissance le plus souvent. Lorsque je dois accueillir les questions, les inquiétudes voire les reproches de personnes avec lesquelles je ne me sens pas impliquée émotionnellement, cela se passe en général plutôt bien, mais lorsqu’il s’agit de personnes plus proches, c’est le plus souvent très difficile pour moi à gérer. Sûrement parce que je ne me sens pas respectée ni acceptée pour moi-même dans ces moments-là. Tous ces choix sont mûrement réfléchis, ils sont le fruit d’une réflexion très importante et ils sont le reflet de la personne que je suis vraiment à l’intérieur. Alors forcément, lorsqu’une personne que j’aime les pointe du doigt, c’est douloureux. Pour autant, je me sens parfaitement alignée avec ces choix et je n’en ai jamais regretté aucun !

 

7- Ton partenaire de vie a t-il toujours soutenu tes choix de vie ?
J’ai en effet cette immense chance d’avoir un compagnon non seulement très intelligent, mais aussi très ouvert. Même s’il ne me suit pas aveuglément (ouf !), mais prend pour lui le temps de la réflexion, il m’a toujours soutenue et a au final embrassé les mêmes choix que moi.

 

8- Comment communiques-tu au quotidien sur tes choix de vie un peu « en marge » ?
J’essaie principalement de vivre mes choix sans me cacher : j’allaite en public si Elven me le demande, je joue en pleine rue avec mon fils en oubliant ma crainte du « ridicule », j’accompagne au mieux ses colères même lorsqu’elles arrivent en public, je partage mes expériences dès qu’on me le demande… Par exemple, je me suis beaucoup nourrie de récits d’accouchements pour faire mon choix en matière de naissance. Au fil de mes lectures, j’ai vraiment senti en moi que c’étaient les récits d’enfantement assistés à domicile qui résonnaient (et raisonnaient) en moi. Outre l’aspect scientifique, je ressentais ma sécurité dans ce cadre-là. Alors ça a été pour moi un juste retour des choses que d’écrire à mon tour le récit de ce moment magique, et de le partager avec celles et ceux qui pourraient en avoir besoin. La boucle était bouclée.

 

9- As-tu un mantra ou/et citation qui te guide dans ta vie ?
« Sois », tout simplement. J’essaie d’être, chaque jour, et ce n’est pas toujours facile !

 

10- Si tu avais une chose à dire, à partager avec nos lecteurs, que leur dirais-tu ?
Que nous avons le pouvoir de changer le monde, en nous acceptant nous-même, et en essayant de vivre au maximum en accord avec nous-même. Ce n’est pas une énième injonction, c’est « juste » réapprendre à s’écouter et à se respecter soi-même. Tout un programme !

 

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Sur son site : https://jeanne-selene.com
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Images de plusieurs livres écrits par Jeanne Sélène

 

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