Interview de Francois :

un homme qui vit pleinement son hypersensibilité

Aujourd’hui j’ai la joie de vous partager une nouvelle interview, celle d’un homme hypersensible qui assume pleinement ses émotions et qui nous dévoile avec authenticité son parcours, ses difficultés mais aussi ses forces.
Merci à lui. 

1- Pourrais-tu te décrire en quelques mots pour celles et ceux qui ne te connaissent pas  encore?

Je m’appelle François. J’ai 29 ans, originaire de la Réunion et je suis cuisinier.

2- Comment as-tu découvert que tu étais « hypersensible »?

Je discutais avec une très bonne amie il y a quelques années et puis elle m’a parlé de ses démarches et des diagnostics qu’elle avait reçus, étant asperger et HS.

Elle a fini par me tendre un livre de Elaine Aron, qui comportait un test. J’ai dévoré le livre très rapidement, parce que je me retrouvais dans tellement de choses qui se disaient. J’ai compris que je n’étais pas fou ce jour-là haha.

Oui j’avoue que certain jour, ou à certains moments de la journée je n’ai qu’une envie, c’est de pleurer. Et puis d’autres où je suis plein de joie de vivre.

3- Comment cela se matérialise dans ton quotidien ? Que ce soit dans ton travail ou dans tes relations?

De manière générale, je suis sensible aux bruits, aux lumières, aux odeurs, aux goûts. J’avoue que je n’ai pas choisi un métier facile pour un hypersensible : rares sont les moments d’accalmie dans une cuisine, et encore moins lors du coup de feu. J’ai beaucoup de mal à supporter le bruit continu, les cris : oui, l’organisation quasi militaire existe toujours en cuisine. Mais comme j’aime les gens, et partager, et cuisiner pour les autres, j’essaie de faire un peu la part des choses.

Mon poste de travail est organisé à ma façon et je rechigne souvent à ce que l’on s’impose sur mon terrain, mon espace, surtout si mon espace n’est pas respecté.

Dans mes relations, au niveau émotionnel, je crois que je vis souvent des montagnes russes. On passe par des extrêmes, des fous rires, comme des moments de profond chagrin. Oui j’avoue que certain jour, ou à certains moments de la journée je n’ai qu’une envie, c’est de pleurer. Et puis d’autres où je suis plein de joie de vivre.

Je peux culpabiliser à m’en rendre malade. Lorsqu’une musique ou un film, ou même un livre me touchent, ça se termine souvent avec les larmes aux yeux. J’aime beaucoup.

Les gens mais j’apprécie particulièrement les moments d’introspection, avec moi-même, durant lesquels je refais le monde, où je réfléchis au sens de la vie.

4- Ressens-tu ou as-tu ressenti, plus jeune, un décalage avec les autres ?

Depuis tout petit, j’ai longtemps essayé de faire comme les autres. Mais même en essayant de se fondre, j’ai toujours réussi à me faire remarquer comme quelqu’un d’étrange.

J’ai appris à dire à mon entourage, très jeune, que je n’étais qu’un rabat-joie. Je n’avais aucune idée jusqu’à il y a quelques années que ce fonctionnement existait chez d’autres.

Je me sens un peu moins comme un alien aujourd’hui.

5- Pour de nombreux hypersensibles, l’amitié est très importante, et pour toi?

L’amitié est une des choses les plus précieuses au monde, je crois. Je mets du temps avant d’accorder ma confiance à l’autre. Mais lorsque je considère quelqu’un comme un ami, je crois que cela signifie qu’on a tous les deux établis une sorte de connexion profonde.

6- Penses-tu que le fait d’être homme hypersensible soit plus « difficile à vivre », et pourquoi ?

C’est un fait. En France en tout cas, je crois que les systèmes de pensée, l’éducation ne nous font pas vraiment de cadeau en termes d’apprentissage de ce que sont les émotions, la sensibilité et le respect de la sensibilité de chacun. Le patriarcat est encore très ancré à ce niveau. Et très souvent l’image de l’homme « standard » est celle d’un homme fort, souvent un peu machiste, dur, et qui ne parle pas de ses émotions. C’est encore un tabou dans beaucoup de familles. La mienne ne fait pas exception.

Alors j’ai essayé de faire comme tout le monde, d’imiter les gestes, les comportements. J’ai compris bien plus tard que je ne me respectais pas et que j’étais injuste envers moi-même en refusant d’être, tout simplement. 

7- Beaucoup de personnes de ma communauté vivent leur sensibilité négativement, et voient cela comme un handicap. La vois-tu ainsi ?

J’ai longtemps cru que c’était un problème de ressentir les choses. Très jeune j’ai commencé à me faire violence et à me dire que je ne pourrais pas survivre en étant comme je suis.

Alors j’ai essayé de faire comme tout le monde, d’imiter les gestes, les comportements. J’ai compris bien plus tard que je ne me respectais pas et que j’étais injuste envers moi-même en refusant d’être, tout simplement. Aujourd’hui je réapprends petit à petit à être plus respectueux de mes émotions, de mes ressentis, et des autres inévitablement. C’est donc aujourd’hui pour moi un « don », qui porte ses parts de lumière et d’ombre. À moi aujourd’hui d’accepter que je ne peux pas toujours être celui qu’on voudrait que je sois. Mais je peux vivre ma sensibilité pleinement, dans le respect de chacun.

8-Selon toi, qu’est-ce qu’on pourrait mettre en place pour voir l’hypersensibilité comme une caractéristique positive ?

Je crois qu’il s’agirait d’adopter un discours positif, notamment en se formant à la communication non violente. Il s’agirait de faire déculpabiliser toutes celles et ceux qui sont profondément sensibles mais qui se font violence pour survivre et permettre à celles et ceux qui ne connaissent pas l’hypersensibilité de conceptualiser tout ce que cela implique.

9- Pour conclure cette interview, un mantra qui te guide au quotidien et que tu aimerais partager ? Merci

Se connecter à ses émotions est essentiel pour réussir à se créer de vraies relations. N’ayons pas peur de les vivre.

J’espère avoir été clair dans mes propos. Je suis disponible si tu souhaites que j’éclaircisse quelques points. Merci à toi pour ta démarche.

Si cet article te parle ou si tu penses qu’il peut aider une autre personne, n’hésite pas à le partager et donc à donner de la visibilité à ce sujet si méconnu !

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