Hypersensibilité & réseaux sociaux
avec DORA MOUTOT

Aujourd’hui j’ai l’honneur de mettre en lumière une femme, une autrice, une féministe qu’on connait bien et si peu à la fois : Dora Moutot, qui anime les comptes @doramoutot, @tasjoui et @commenthackersesintestins
 Si nous pouvons la suivre quasi quotidiennement sur les réseaux sociaux dans ses divers engagements, j’avais ici envie de l’interviewer sur la question bien particulière de la douance et de l’hypersensibilité, notamment dans l’ère numérique pas toujours bienveillante qu’est la notre.
Dora a alors eu la gentillesse de se dévoiler en répondant à ces quelques questions, en espérant que cela puisse aider les personnes qui passeront par ici !

1- Pourrais-tu te décrire en quelques mots pour celles et ceux qui ne te connaissent pas  encore?

Je m’appelle Dora Moutot, j’ai 32 ans, je suis journaliste, blogueuse et auteur. Je suis la créatrice du compte instagram @tasjoui qui parle de sexualité féminine et auteur du livre “à fleur de pet, le 1er livre sur la maladie des hyperballonés qui ont le microbiote à l’envers”. J’ai bossé pour de nombreux médias, de Konbini à France 2. J’écris aussi des poèmes et des textes et je fais des vidéos sur tout un tas de sujets plus ou moins philosophiques sur mon compte Instagram perso @doramoutot. Je suis une personne à “fleur de peau”, hypersensible et fière de l’être. Ma vulnérabilité, mon empathie et mon cerveau en arborescence, sont pour moi des forces que je revendique.

2- Comment as-tu découvert que tu étais zèbre et hypersensible ?

Depuis enfant, on me dit sans cesse que je suis trop émotionnelle, trop sensible, que j’over réagis, que je fais un drame pour rien, que je pense trop, que je me pose trop de questions, qu’il faut arrêter de tout questionner….
Donc je me suis toujours dit que les autres étaient bizarres, j’ai toujours eu tendance à trouver que les gens se comportaient un peu comme des robots avec un spectre d’émotions assez limité, et que la remise en question d’eux mêmes et des systèmes ne leur était pas du tout naturelle et leur demandait une énergie qu’ils n’avaient pas envie de mettre. Lorsque pour moi, la production d’émotions et la remise en question, ne me demandent aucun effort, c’est le moteur de mon existence. J’ai toujours eu l’impression de devoir faire face à des gens qui étaient des sortes de dinosaures de la lecture émotionnelle, donc très jeune, j’ai compris que j’étais plus “sensible” que pas mal de gens et que ma lecture du monde était toujours en décalage. J’ai eu un parcours scolaire chaotique et j’ai compris que ma forme d’intelligence n’était pas accepté par la norme.
Au détour d’un article, j’ai découvert le terme “Zèbre” il y a environ 5 ans, et j’ai ressenti un grand soulagement quand j’ai lu un descriptif et que je me suis reconnue là-dedans, bien que je sois assez méfiante de ce genre de buzzword.

3- Comment cela se matérialise dans ton quotidien ? Ressens-tu ou as-tu ressenti, plus jeune, un décalage avec les autres ?

Je me pose 800 questions par minute. Chaque chose qui croise mon regard engendre un questionnement, qui se connecte avec une autre idée ou souvenir et engendre encore une question ou lance une idée, une hypothèse, un concept. C’est sans fin. Mon cerveau connecte non stop des trucs ensemble et questionne tout. Plus les années passent, plus j’ai l’impression de ne rien savoir. Le fait de tout questionner non stop est parfois problématique, car les questions m’intéressent plus que les réponses, alors dans la vie professionnelle, parfois ça pose problème car je ne suis pas forcément “100% productive” comme on l’entend, car je suis toujours à la recherche d’une question plutôt que d’une résolution.

Je suis très empathique, j’ai du mal à faire face à la douleur des autres, sans la ressentir aussi. J’ai souvent les larmes aux yeux, quand je vois une situation difficile dans la rue. J’ai du mal à me protéger de tout ça.
Je ne supporte pas les gens faux. Je lis immédiatement quand quelqu’un ment ou n’est pas honnête avec lui-même et ça me met toujours dans une grande position de malaise.
J’ai des émotions ultra intenses tout le temps et les gens ont du mal à comprendre mes humeurs. Je passe de la joie aux larmes hyper rapidement.

4- Est-ce que ta douance et ton hypersensibilité sont des caractéristiques dont tu parles plutôt facilement ? Pourquoi ?

Oui je parle très facilement de mon hypersensibilité, car j’ai vraiment intégré que c’est une force. La douance j’en parle moins, car j’ai toujours l’impression que c’est prétentieux.

5-Beaucoup de personnes de ma communauté vivent leur sensibilité négativement, et voient cela comme un handicap. Le vois-tu ainsi ?

On ne va pas se mentir, c’est parfois compliqué dans cette société. Mais je pense fondamentalement que les hypersensibles, HP etc, sont dans le juste et sont la clé d’un monde plus juste, plus beau. Et que c’est à nous de nous affirmer haut et fort, pour que le monde puisse enfin changer et donner la force à d’autres gens de s’affirmer dans leurs émotions, dans leur vérité. Ce n’est pas à nous de nous adapter à une société malade, c’est à nous de nous affirmer pour la changer, pour qu’il y ait des prises de consciences et un shift des valeurs. Je pense que les hypersensibles devraient s’affirmer afin de représenter une forme de contre pouvoir.

6- Tu défends sur les réseaux sociaux tes valeurs avec conviction, et j’imagine que tu dois être l’objet de certaines critiques. Comment arrives-tu à conjuguer ton hypersensibilité et les réseaux sociaux  justement ?

Ce n’est pas toujours évident, mais en réalité, les gens sont dans l’ensemble bienveillants. Je reçois de temps en temps des messages affreux, mais en pourcentage c’est très peu. L’amour et le soutien sont beaucoup plus présents, donc moi ça me donne espoir en l’humanité. Et puis plus je m’affirme comme hypersensible en ligne, plus je construis une communauté de gens avec cette même vision de la vie. Je pense qu’on est très nombreux à être hypersensible, sauf qu’on s’adapte justement, on se cache… et c’est le contraire qu’on devrait faire!

7- On pense souvent que la douance est une question d’intelligence, mais c’est bien plus complexe. Comment toi, tu définirais tes rayures de zèbres ?

Je pense que c’est un regard sur la vie. Je dirais que c’est une façon de penser, de recouper les informations, de prendre en considération la partie informationnelle émotionnelle. C’est aussi avoir une idée assez poussée et innée de ce qui est moral ou pas moral. Je pense aussi et surtout que ce n’est pas forcément une question d’intelligence, mais une question de niveau de conscience…Je pense qu’il y a peut être même quelque chose d’assez spirituel à tout ça. Aujourd’hui on dit Zébre, HP, hypersensible, mais dans les années 70, on parlait déjà de ce type de profil dans les cercles spirituels ou new age et on disait “enfant indigo”.

8- Dirais-tu que tu as « trouvé ta place dans cette société » ?

J’essaye et je crois que c’est possible. Il y a un véritable éveil en ce moment, de plus en plus de gens ont la conscience qui s’éveille, avec la crise écologique beaucoup de gens se rendent compte qu’on marche sur la tête….et qu’on a besoin de leaders différents…peut être hypersensibles?

9- Pour conclure cette interview, un mantra qui te guide au quotidien et que tu aimerais partager ? Merci beaucoup à toi !

“Je ne veux pas être dure, je veux que ma douceur sache se défendre” (Lindsay young)

Merci Dora de tant d’honnêteté et d’authenticité.

Vous pouvez suivre Dora sur ses divers réseaux sociaux (@doramoutot, @tasjoui et @commenthackersesintestinset acheter son livre “À fleur de pet, le 1er livre sur la maladie des hyperballonés qui ont le microbiote à l’envers” ici: https://www.afleurdepet.com


J’espère que ce témoignage pourra donner des ailes à tous les albatros*

Complexe de l’albatros: Charles Baudelaire utilise une métaphore pour illustrer sa condition parmi ses contemporains. Il se sent souvent incompris et ridiculisé.
“Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.”
Baudelaire, Les fleurs du mal.

Si cet article te parle ou si tu penses qu’il peut aider une autre personne, n’hésite pas à le partager et donc à lui donner de la visibilité !

Avec toute ma bienveillance,

Elodie

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2 réponses
  1. Yaris
    Yaris dit :

    J’aime beaucoup la partie où elle parle de niveau de conscience au lieu d’intelligence supérieure ! Je pense que c’est bien plus juste comme explication au fonctionnent d’HP/HS.

    Très inspirante cette interview 😇

    Répondre

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