Pour Serge HEFEZ, tous nos maux actuels viennent de la « désinstitutionnalisation » de la famille. Une théorie fortement appuyée par les concepts de Louis ROUSSEL. Il semblerait que la famille loin d’être, comme autrefois, une affaire publique, un pivot de l’adaptation des individus à la société, un rouage de l’ordre social, soit devenue une affaire privée, un choix personnel. Aujourd’hui la famille ne se réduirait donc plus qu’à sa seule finalité affective.

C’est un fait, la famille s’est transformée en profondeur, elle s’inscrit désormais dans des idéaux d’amour et de bonheur individuels, conjugaux et parentaux. In fine les processus de séparation ne s’en trouvent pas facilités, au contraire ils prennent une dimension tragique. En tant que médiatrice  familiale, j’ai pu constater une multiplication des pathologies de l’adolescent liées à des difficultés d’autonomisation comme les phobies scolaires, les troubles des conduites alimentaires, la dépendance aux drogues ou à l’alcool, la violence entre adolescents et parents…

Ainsi, en se dégageant du poids des traditions, des obligations, des contraintes morales et religieuses, la famille s’est certes allégée, mais elle court le risque de tisser des liens de plus en plus intriqués, enchevêtrés et difficiles à démêler. Cependant la psychanalyste théoricienne que je suis, ne peut oublier que tous les symptômes ont forcément une signification.

Serge HEFEZ pose une définition intéressante de la famille: un système de liens dans lequel chacun est déchiré entre la possibilité d’accéder à une certaine autonomie, et développer une personnalité, et la nécessité de faire survivre le groupe. Ainsi « dans tous les clans, il y a une distribution des fonctions et des rôles qui transforment la vie familiale en une dramaturgie, une scène de théâtre où chacun est assigné à une place et récite sa partition sans s’en rendre compte et sans pouvoir sortir du rôle qui l’enferme. »

N’oublions pas que dans tout groupement d’individus, chacun occupe un rôle qui entre en résonnance avec un autre rôle. Cette interaction fixe les protagonistes dans des comportements qui deviennent immuables. Il en est de même dans une famille, où d’ailleurs chaque nouvel arrivant se voit distribuer certains rôles et fonctions.

Dans la famille d’autrefois, le père était tout puissant, la mère soumise et les enfants au garde à vous, ce modèle témoigne d’une famille autocratique, hiérarchique, il est défini par une organisation autoritaire verticale.

Succède à ce modèle, un mode d’organisation horizontal, plus démocratique qui est né du désir et de la nécessité que le groupe s’auto organise. Ce modèle repose sur l’autonomie et l’interdépendance de chacun. Ainsi aujourd’hui si chacun a conscience que la société ne peut survivre sans règles ni contraintes, chaque valeur se doit d’être discutée, analysée, critiquée.

L’autorité doit donc prouver son bien fondé et sa légitimité.

Les nouvelles valeurs de notre société : démocratie, défense des libertés et des égalités.

Ainsi beaucoup de parents sont bien démunis, tiraillés entre l’éducation reçue et celle qui se voit pratiquer aujourd’hui. Il y a un vrai travail sur soi-même pour entrevoir d’autres possibilités que ce que l’on a vécu: remettre en question ce qu’ont fait nos parents sans remettre en question l’amour qu’ils avaient pour nous n’est pas chose aisée.

Et puis, aujourd’hui on a tendance à fuir les conflits, or les conflits sont inhérents à toute relation et ne mènent pas pour autant à la destruction des liens, au contraire, ils permettent de les construire. Les conflits ne vont pas à l’encontre du rapport affectif. L’amour ne se manifeste pas que de manière harmonieuse. Mais ne pas confondre conflit avec lutte de pouvoir !

D’ailleurs Hannah ARENDT, explique que «  l’autorité ne réside ni dans la contrainte ni dans la persuasion, mais tout simplement dans la reconnaissance » de l’autre en tant que tel.

En conclusion, si les parents exercent leur autorité dans la violence et la tyrannie, cette autorité n’est pas comprise et reste externe. Elle ne peut être intériorisée et l’enfant aura toujours besoin de se confronter à l’interdit.

A l’inverse, si les parents l’imposent par la persuasion et la séduction, cette relation crée un lien affectif d’emprise et une grande confusion. L’enfant ne peut plus se différencier de ses parents, perpétuellement présents dans sa tête. Il ne se soumet que pour se sentir aimé. Il aura toujours besoin de rester collé à ses parents pour vérifier qu’ils l’aiment.

L’autorité est donc une mise à distance qui permet de se séparer de l’autre pour exister.

 

SOURCES

Hannah ARENDT, « qu’est ce que l’autorité » (1954) dans la crise de la culture, Gallimard, folio 1989

Serge HEFEZ, Quand la famille s’enmêle, 2004.

 

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