L’allaitement c’est naturel … certes, mais ce n’est pas toujours aussi simple.

Disons-le franchement, les choses naturelles ne sont pas forcément plus simples, ou du moins pas pour tout le monde. D’autant plus dans une société où l’allaitement n’est pas mis en valeur, et où les savoirs ne se transmettent plus, ou alors par le biais des médias. Et parlons-en justement de ces vecteurs médiatiques, qui n’ont d’yeux pour nos seins que pour vendre leurs produits, que pour pousser au consumérisme, dégradant bien souvent les femmes – au détriment également de nos enfants, filles ET garçons, par une non-accessibilité au « tétou » quand ils sont jeunes et de leur représentation de la femme quand ils grandissent.
Oui, ceux qui trinquent en premiers ce sont bien nos enfants, car rappelons succinctement que le lait maternel est et restera toujours le meilleur aliment pour nos bébés, toujours imité mais jamais égalé (et pourtant ils y mettent le budget !! Et nous aussi d’ailleurs).

allaitement

Alors tu comprendras aisément qu’avec de telles idées, j’ai toujours souhaité allaiter ; oui mais voilà, j’ai fait partie du pourcentage « pas de chance », autrement dit j’en ai sacrément sué pour allaiter… et tout ça pour quoi, pour m’entendre dire au bout de 2 mois de souffrance : « Peut-être que vous ne le souhaitez pas vraiment ! » par une dite professionnelle de l’accompagnement (-> sage-femme et pro-allaitement).
Honnêtement je m’en serais bien passée de ses jugements la c**.

En effet, dès la mise au sein, mon bébé (mon tout premier) me faisait mal. A priori il « prenait mal le sein », mais c’était « rien », c’était – m’a t-on dit à la maternité au bout de 3jours – lié à MA sensibilité. Ah beh voyons … Alors j’ai serré les dents. Puis retour à la maison, j’avais si mal que je pleurais à chaque tétée, je pleurais même avant les tétées tellement que j’en arrivais à redouter la mise au sein. Force est de constater que non ce n’était pas normal, et que je ne pouvais pas poursuivre ainsi. J’ai donc pris RDV avec la-dite « professionnelle », ne connaissant personne d’autre, qui m’avait été conseillé par une connaissance.

Lors du rendez-vous, elle me toucha la poitrine sans même me demander la permission. Et je vous assure que si aujourd’hui je suis bien plus à l’aise avec ma poitrine, à cette époque, en ce début de premier allaitement, cela m’a beaucoup gêné. Elle a même fait sortir du lait de mon sein pour voir si « j’avais du lait ». C’est un geste qui m’a profondément mis mal à l’aise, et je le ressens encore en moi. Alors oui, forcément pour elle, un geste anodin, pour moi une violence ! J’étais là, à moitié nue, épuisée, les seins douloureux, mon bébé qui pleurait à me faire extraire du lait, comme toutes ces pauvres vaches laitières que l’on traumatise. Et d’un coup elle me dit « vous faites une mastite à droite et une lymphangite à gauche ». Heu ok… j’ai donc été mise sous antibiotiques, alors que j’avais demandé à les éviter car j’y suis très sensible.
S’en est donc suivie une belle candidose qui a été compliqué à éradiquer, ainsi qu’un staphylocoque doré, car la succion de bébé creusait de plus en plus de belles crevasses. A priori, pas de frein de langue, de lèvres ou autre chose… le problème c’était moi, je mettais a priori mal mon bébé au sein.

Oui oui… le problème c’était ENCORE MOI !

Les douleurs ont duré longtemps, et j’ai refait mastite sur mastite car j’étais en hyper lactation permanente, les douleurs s’intensifiaient ; même les anti-inflammatoires n’y faisaient plus rien. Je n’en dormais plus, je ne pouvais même plus prendre mon bébé dans les bras, car le moindre contact sur mes seins était douloureux. Ma poitrine ne dégonflait pas, et j’en arrivais à être serrée dans du bonnet F. J’ai alors lu et relu tous les articles trouvés sur internet, testé tous les remèdes possibles mais rien… cela s’est terminé en abcès, la nuit avec un médecin de garde. Une catastrophe. Mais comme à priori c’était ma faute, je n’ai pas souhaité lâché l’affaire, je culpabilisais trop.

Et les problèmes ont continué, rien à faire, j’allais de plus en plus mal et ma relation avec mon bébé se détériorait, il voulait téter sans cesse car souffrait en prime d’un reflux gastro-oesophagien ; et moi je commençais à le détester, de toutes les souffrances qu’il m’infligeait.

Au bout de 2 mois, c’est un médecin qui m’a dit STOP ! Il a dû me prescrire des médicaments fortement dosés en codéine pour que je puisse enfin dormir. Des médicaments donc non compatibles avec l’allaitement. Seule solution pour que je lâche prise. J’ai alors tiré mon lait pour éviter les engorgements répétitifs, et pu enfin guérir de mes crevasses (qui sont devenues, il faut bien le dire après tout ce temps, des énormes cratères dont je garde encore les marques 3 ans plus tard). Mais comment en étais-je arrivée là ? Comment ai-je pu à ce moment-là me détruire et mettre à mal la relation avec mon fils ?

J’ai été pendant longtemps sensible à la culpabilisation, et clairement les professionnels rencontrés n’ont pas été aidants. Pourtant moi-même je suis une professionnelle de l’accompagnement, et je sais que trop bien que lorsqu’on va (vraiment) mal, on a cette tendance légitime à vouloir se reposer entièrement sur quelqu’un de compétent.

Pour terminer mon témoignage…

Je dirai que cette expérience, désastreuse et totalement destructrice psychiquement parlant, m’a pourtant apporté deux choses d’une importance capitale dans ma construction personnelle d’adulte et de parent :
toujours se faire confiance, et oser multiplier les avis professionnels
une plus grande humilité professionnelle dans mes propres accompagnements (thérapeutiques ou de médiation), reconnaître – lorsque je ne sais pas – c’est offrir à l’autre la possibilité de trouver de l’aide ailleurs, aidé par mon réseau. Un professionnel se doit de travailler sur lui pour ne pas amener son égo au travail !

J’ai bien sûr retenté l’allaitement, quelques jours plus tard, mais les problèmes n’ont pas pu se résoudre, et par manque de soutien mon fils a été sevré à 2 mois.
Lors de mon 2ème allaitement, les problèmes sont revenus, de la même façon

… heureusement cette fois-ci j’ai pu trouver le soutien nécessaire, et j’ai appris que j’étais sujette au syndrome de Raynaud (ça fera l’objet d’un prochain article).

Alors, à la lecture de cet article vous vous direz certainement : « la pauvre, elle en a chié », et c’est vrai. Mais la réelle victime de tout ceci, ce n’est pas moi, c’est mon fils ! Et c’est la rage au ventre et les larmes aux yeux que, 3 ans après, je vous écris cela…

Une seule chose à retenir:

A toutes ces mères qui ont été culpabilisé, à tous ces parents non accompagnés, à cette société qui n’y comprend rien, et passe à côté de l’essentiel…
Merci à tous les professionnel.les de l’allaitement, qui permettront sans aucun doute que moins d’enfants ne soient victimes de ce système défaillant, et puissent encore et longtemps profiter du bon lait de leur maman.