Quand Différence sonne comme Intolérance…

Quand Différence sonne comme Intolérance…

Si vous nous suivez depuis quelques semaines, vous avez bien dû vous rendre compte que nous faisons – dans bien des domaines – des choix dits « alternatifs ». Nos choix de vie se retrouvent souvent être dans la case « Autre » sans que cela soit voulu, bien évidemment. Cet article devrait un petit peu te parler si, toi aussi, tu as parfois souhaité t’écarter du troupeau – non sans mal d’ailleurs, car le berger rôde toujours – et que l’on t’a fait comprendre que non ce n’est pas le « bon » chemin…

Avec Alexis, on s’est – séparément – toujours senti un peu à part dans cette société, un peu en marge. Adolescent notre masque social, celui que l’on met pour paraître, était lourd à porter; il était cependant utile car ce sacrifice nous permettait de rentrer suffisament dans un moule, afin de ne pas rester trop en marge. Très vite donc, l’analyse méticuleuse des gestes et paroles d’autrui était devenu un outil indispensable dans notre kit de survie. Personnellement, plutôt que de me torturer des heures à trouver quel rouge à lèvre m’irait le mieux, je dépensais tout mon capital neurones à élucider le mystère suivant: comment fait-on pour faire passer une relation de « copine » à « amie »? Quel processus sous-jacent, invisible si on y prête pas attention, est à l’oeuvre? Comment le reproduire? Toutes ces règles sociales m’ont toujours paru très compliquées, je me sentais toujours de trop: trop excentrique, trop à côté de la plaque, trop compliquée, bref: trop différente ! Et bien qu’on le soit tous – différents – j’avais l’impression que l’expression de mon Moi, de mes différences, me mettaient toujours en marge des autres, qu’importe mes efforts!

Ma rencontre avec Alexis m’a donné un nouveau souffle, vital, salvateur, ce qui m’a permis une chose essentielle: me recentrer sur qui j’étais. Il m’a aidé à briser ce masque, ce rôle social dans lequel j’avais fini par m’enfermer et qui était devenu, avec les années, une bien trop lourde carapace. Cela a été un moment difficile, mais essentiel. Et il m’a fallu par la suite des années pour me retrouver et bien d’autres encore pour m’assumer. Et me voilà encore aujourd’hui, à pourtant bientôt 30ans (dans quelques jours, chut, on ne dit rien… ^^), à souffrir encore du regard de l’autre, à donner encore de l’importance à ses jugements qui pourtant voyagent simplement à travers les prismes de certaines conventions sociales qui résistent autant qu’elles le peuvent. La normalité, avec sa morale « objective ».

La normalité est par essence subjective, chaque personne y instillant ce qu’elle souhaite de règles importantes pour en faire sa propre définition; et pour celles faisant l’objet de conventions communément acceptées par une majorité de la population, comme le choix de l’alimentation, l’instruction à l’école ou en famille, l’apparence physique… le degré d’adhésion d’une population à une règle précise ne peut la rendre pour autant objectivement juste, véritable, véridique, cela ne devrait jamais servir de chemin à suivre de principe, à moins de balancer la raison aux oubliettes. Vous serez d’accord avec nous je pense, l’histoire de notre espèce est remplie de « normes », d’importances variables, supposément supérieures à notre libre arbitre et suivies par une majorité avec des conséquences désastreuses (Hitler, la traite des noirs, les croisades religieuses, la période « Boys Band »… 😀 ). Alors bon « la norme » comme comportement étalon, non merci.

 Voler de ses propres ailes n’est pas évident, cela nécessite au préalable d’avoir appris à se faire suffisamment confiance pour crédibiliser assez sa propre petite voix afin de ne pas s’écarter de son chemin; parfois on vous rejette pour cela, et avec tristesse vous pouvez perdre des personnes qui vous étaient chères, de la famille, des amis… De l’incompréhension à l’intolérance, il n’y a malheureusement bien souvent qu’un pas facilement franchissable. La peur et certaines tensions internes liées à ses refoulements passés, ses schémas appris, engendrent plutôt que l’acceptation le rejet de la différence de l’autre. L’intérêt pour la personne de porter un jugement négatif est à la fois de se rassurer soi-même dans son propre fonctionnement, en faisant rentrer dans le rang la tête qui dépasse, et également de décharger sur l’autre ses propres frustrations internes qui existent à force de ne pas réaliser soi-même certains choix propres.

Maintenant que nous avons des enfants, nous les éduquons avec ce que nous sommes.

Comme chaque parent notre « modèle éducatif » est imprégné de nos valeurs. Et ça se corse! Car lorsque vous avez des enfants, avez-vous remarqué – alors même que le futur héritier est encore bien niché dans son utérus – qu’on vous explique quel parent vous devriez être?! Quand cela concerne la parentalité, l’éducation de ses propres enfants, tout le monde pense qu’il a son mot à dire ! Et votre interlocuteur sera vite outragé si vous lui expliquez que vous souhaitez faire différemment. Est-ce qu’il voit dans votre différence un jugement sur le choix que lui-même a fait pour ses propres enfants?
Avec certaines personnes, faire le choix de l’éducation bienveillante ou des apprentissages autonomes revient à se promener dans un bar marseillais avec un maillot du PSG sur les épaules…

Choisir le chemin de l’éducation bienveillante, c’est souvent s’éloigner des diktats de la société -ainsi que de sa propre éducation reçue enfant- et se forger parfois tout seul une autre vision de la relation parent/enfant, où aucun n’a le dessus sur l’autre aussi bien physiquement que psychologiquement. L’éducation bienveillante demande souvent au parent un travail sur sa propre enfance, une auto-critique qui peut être douloureuse au quotidien, une remise en question sans cesse sur ses propres limites personnelles afin que notre bienveillance ne s’heurte pas trop souvent à celles-ci; nos enfants n’ont pas à payer une addition pour laquelle ils n’y sont pour rien, c’est nous les responsables de leur venue au monde, pas eux… L’enfant passe avant tout, avant même nos petits carcans bien confortables; alors les carcans des autres… hein bon! Crotte quoi !!

Car si on devait suivre les recommandations à la lettre, il faudrait que bébé fasse ses nuits avant 3mois, qu’il soit « propre » pour l’école, qu’il se sociabilise rapidement, qu’il soit poli et bien élevé, mais qu’il se fasse pas marcher dessus quand même, qu’il sache quand il faut être calme et quand il peut faire du bruit, qu’il soit sage mais pas trop, qu’il soit intrépide mais pas casse-cou, etc …

Et si on le laissait être lui-même? Et si on aimait simplement pour qui ils sont, sans les juger quand ils font des choix qu’on aurait pas fait pour nous? Et si on arrêtait de penser que nos enfants nous appartiennent? Si on arrêtait de transposer sur eux  nos propres envies, nos propres besoins, nos propres peurs? Encore plus important: et si on mettait tout en oeuvre pour s’aimer nous-même suffisamment pour ne pas demander à nos enfants de combler nos failles narcissiques? Car oui, là est bien une grosse partie du problème. Le parent se sert souvent de l’enfant afin d’obtenir une étrange reconnaissance sociale: « Mon enfant marche à 10 mois, dit merci tout seul, ne porte plus de couches… Hey, il réussit ses études! » Tous ces accomplissements appartiennent à l’enfant et pas au parent; lui seul peut décider ou non d’être fier de ce qu’il est et accompli.

Quand au parent… lui… son devoir est d’aimer sa progéniture, quel que soit le chemin choisi.

Laisser son enfant libre d’être qui il est n’est pas facile pour soi, et cela est encore plus difficile quand on est jugé par les autres; ces autres qui ont décidé de faire comme tout le monde sans même se questionner. Et pourtant, nombreux sont ces témoignages de parents qui ont choisi cette voie – de l’éducation bienveillante- plus complexe mais tellement plus épanouissante pour eux ainsi que pour leurs enfants. Les parents dont les enfants ont déjà bien grandi le disent: « l’éducation bienveillante c’est vraiment pas évident les premières années; mais après, c’est tellement plus simple, plus authentique, plus joyeux pour les enfants… comme pour les parents« .

Alors toi parent différent, toi parent atypique, toi parent qui doute de tout et surtout de toi… sache que cela apporte tellement de couleurs à ta palette, que la peinture que tu feras de ta vie et que tu donneras à tes enfants n’en sera que plus belle.

 

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