Philosophie de l’éducation

Philosophie de l’éducation

J’aime à parler de philosophie, ma courte entrée universitaire dans ce milieu m’a permis d’élargir mon point de vue dans de nombreux domaines, et je suis peinée de voir que c’est une discipline qui ne revêt d’intérêt que pour un faible nombre de personnes et qu’on dénigre souvent en la jugeant de pompeuse. Car elle aurait toute sa place dans l’éducation et ce dès le plus jeune âge, car elle a pour principe la maïeutique: l’accouchement des idées et donc par là  à penser par soi !

Le domaine de la philosophie se ramène aux questions suivantes :
Que puis-je savoir ?/ Que dois-je faire ?/ Que m’est-il permis d’espérer?/ Qu’est-ce que l’homme?

Pour R. LEVEQUE et F. BEST dans le «Traité des sciences pédagogiques», il est certain que la philosophie n’a rien perdu de sa vivacité. Après un demi-siècle d’avancées scientifiques majeures, on peut  se demander quel peut être l’apport de la philosophie à  l’éducation ? Du point de vue d’O. REBOUL, la philosophie de l’éducation est avant tout interrogation. En ce sens, elle n’est pas réservée aux spécialistes car chacun la pratique du moment qu’il s’interroge sur les fins de l’éducation. Dès qu’un éducateur réfléchit sur le sens de son métier, dès qu’il se demande pourquoi -ou mieux, pour quoi- il fait ce qu’il fait, il philosophe. Ainsi la philosophie de l’éducation permet dès lors de remettre en question l’éducation. Et sur ce point, je pense que chacun d’entre nous a de quoi dire… Parent ou non, l’éducation est sans cesse débattue, voire jugée!

Pour Olivier REBOUL «la philosophie commence là où les choses ne vont plus de soi, là où ce qui était pour tout le monde évident cesse de l’être. La philosophie de l’éducation sera donc avant tout interrogation ; non pas un corps de savoirs, mais une mise en question de tout ce que nous savons ou croyons savoir sur l’éducation». Cela renvoie à la question : « qu’est-ce que veut dire l’éducation? »

Dans le dictionnaire, on y lit qu’éduquer proviendrait du latin educere, « faire sortir », « mettre dehors ». Mais pour REBOUL, le terme viendrait d’un autre verbe, educare, qui signifie : élever des animaux ou des plantes et, par extension, prendre soin des enfants en les conduisant. Une autre notion nous saute alors aux yeux, l’éducation ce serait « élever » un enfant? le conduire?

Voilà une drôle idée, comme si on pouvait élever qui que ce soit à part nous même; et quiconque à tenter de « conduire », soit de diriger un tiers remarquera que ça ne produit jamais rien de bon. Un enfant s’éduque-t-il vraiment?

Joseph JACOTOT & Michel SERRES  démontent d’ailleurs le mythe de la pédagogie: « il faut renverser la logique du système explicateur. L’explication n’est pas nécessaire pour remédier à une incapacité à comprendre. C’est, au contraire, cette explication à comprendre qui est la fiction structurante de la conception explicatrice du monde. C’est l’explicateur qui a besoin de l’incapable et non l’inverse, c’est lui qui constitue l’incapable comme tel. Expliquer quelque chose à quelqu’un, c’est d’abord lui démontrer qu’il n’est pas capable de le comprendre par lui-même. Avant d’être l’acte du pédagogue, l’explication est le mythe de la pédagogie, la parabole d’un monde divisé en esprits savants et esprits ignorants, esprits mûrs et esprits immatures, capables et incapables, intelligents et bêtes« .
Ils invitent donc à tous éducateurs à l’humilité de son savoir, car loin de se transmettre, ils brouillent les pistes naturels de l’enfant.

Jacques RANCIÈRE dans Le maître ignorant  dit ceci: «Aucun apprentissage n’évite le voyage. Sous la conduite d’un guide, l’éducation pousse à l’extérieur. Pars : sors. Sors du ventre de ta mère, du berceau, de l’ombre portée par la maison du père et des paysages juvéniles. Au vent, à la pluie : dehors manquent les abris. Tes idées initiales ne répètent que des mots anciens. Jeune : vieux perroquet. Le voyage des enfants, voilà le sens nu du mot grec pédagogie. Apprendre lance l’errance.»

On peut donc apprendre seul et sans maître explicateur comme le pense, par la tension de son propre désir ou la contrainte de la situation.
D’ailleurs on le voit chez les tout petits, personne n’apprend à un bébé à téter, ou même à marcher, c’est son enthousiasme qui le pousse à faire. Cependant l’imitation y est aussi pour beaucoup. Si nous étions tous à quatre pattes, peut e chance que la plupart des bébés se tentent au deux pattes!

André Stern disait d’ailleurs que l’enthousiasme agit comme un engrais, car il développe le cerveau avec efficacité ce qui rend l’apprentissage aisé.  Et je cite: « choisir d’accueillir, sans valorisation, sans dévalorisation, la disposition spontanée de l’enfant est une attitude qui demande à mettre de côté ses propres expériences, ses attentes, ses idées, ses habitudes, ses désirs et ses conditionnements« .

Vous l’aurez compris, éduquer n’est pas élever, ni même instruire un enfant, c’est juste le guider sans l’orienter, afin qu’il puisse s’épanouir sur son propre chemin.

SOURCES

GUY Danièl, Les fondements de l’éducation, département des sciences de l’éducation et de la Formation à Toulouse, 2011.

REBOUL, O. (1990). La philosophie de l’éducation. Paris : PUF, Que sais-je ?

DE LANDSHEERE, V. (1992). L’éducation et la formation. Paris : PUF.

RANCIÈRE Jacques,  Le maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intel- lectue$e publié en 1987 par les éditions Fayard dans la collection 10/18.

STERN. A, Semeurs d’enthousiasme, Manifeste pour une idéologie de l’enfance, Instant présent, 2014.

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