L’importance de la linguistique

L’importance de la linguistique

E. BENVENISTE, en tant que grand spécialiste linguistique, met souvent en relief dans ses ouvrages les exigences de la linguistique afin d’éviter les confusions de la langue. Car si cette dernière est souvent étudiée et donc décortiquée c’est bel et bien avant tout parce qu’elle représente toute une identité nationale. Ainsi comme une société, elle est sans cesse en mouvance, évolue selon l’espace et le temps, au grès des cultures et des besoins de celle-ci. Mais elle reste invariablement solide et enracinée dans son histoire. De ce fait son « système fondamental » reste inchangé. Pour E. BENVENISTE, comme pour l’ensemble des linguistes la langue n’est pas qu’une activité sociale, elle est aussi une « grille devant le réel », car tous les savoirs extra-verbaux s’organisent avec la matière verbale qui ne peut pas être compactée, fermée ou définitive ; ce qui fait que la langue peut tout aussi bien être utile dans de nombreuses circonstances allant du discours politique au discours religieux en passant par les forums de politesse… Tout l’intérêt de la langue, et donc de son étude, est de comprendre les relations entre les hommes, que ce soit dans une même nation ou entre nations. La langue est alors un outil anthropologique. La difficulté reste donc de dépasser la relation binaire entre langue et société ou langue et discours, pour au contraire creuser la notion même de fonction symbolique dans le cryptage langagier. On se rend alors compte que la réalité et la cognition se mêlent toutes deux dans l’étude qu’est le langage. On se retrouve dès lors face à une implicature complexe certes mais qui permet dès lors une meilleure représentation du monde.

E. BENVENISTE a beaucoup étudié entre autres la nature du signe linguistique et les caractères différentiels du langage humain; par exemple la nature et les relations entre les verbes « être » et « avoir ». Derrière ces deux verbes les plus usités de la langue française, se cachent en réalité tout le panorama de notre société: « je suis » et « j’ai » sont les deux plus grands pouvoirs psychosociaux de l’humain.  Ainsi la façon dont on exprime les choses, sont très représentatives de la culture dans laquelle on vit. Par exemple, si on prend la phrase en français « tu me manques » et en anglais « i miss you », on voit aisément que ce n’est pas le même interlocuteur qui est mis en avant (en anglais l’idée part de soi, tandis qu’en français elle provient de l’autre). La langue est alors à part entière une composante primordiale de tout un héritage culturel. J.BILLIEZ dans la Revue européenne des migrations internationales (1985), met d’ailleurs en avant la langue comme un marqueur d’identité. Elle a d’ailleurs longuement étudié les relations qu’ont les jeunes d’origine algérienne vivant en France avec leur langue maternelle (l’arabe) et avec le français (langue du pays où ils vivent dorénavant). Elle a mis en avant cette sorte de bilinguisme qui leur permettait de forger une identité, comme si ne pouvant faire un choix, « par culpabilité ou malaise », le mixte des deux langues leur permettait ainsi de trouver une existence.

De façon générale, on dit d’ailleurs qu’une nation se définit par son territoire, son peuple mais aussi sa langue. La langue est bien souvent un élément de cohésion propice à l’émergence d’une nation, puisqu’en tant que langue de communication de l’élite, elle s’impose d’abord comme modèle de communication pour la nation en devenir, avant de devenir la norme en tant que langue commune. Amin Maalouf dans Identités meurtrières,  dit : « Chez tout être humain existe le besoin d’une langue identitaire ; celle-ci est parfois commune à des centaines de millions d’individus, et parfois quelques milliers seulement, peu importe ; à ce niveau, seul compte le sentiment d’appartenance. Chacun d’entre nous a besoin de ce lien identitaire puissant et rassurant». Ainsi parler une langue est un signe d’appartenance. Les codes sociaux font évoluer la langue, de nouveaux mots ou expressions apparaissent chaque année (par exemple par le biais des nouvelles technologies et des réseaux sociaux). Ainsi la langue est en mouvance certes, mais elle est comme on l’a déjà dit, bien enracinée. Comme la société qu’elle représente, elle la transcende et lui permet cette immuabilité si rassurante. En effet, le système même de la langue ne change pas, il n’est d’ailleurs jamais remis en question. Car cela permet à tous et toutes de se comprendre et ce malgré la différence d’âge, de genre, de croyances ou de culture… C’est bien donc par son système immuable que les langues permettent à tous les citoyens du monde de se faire comprendre et de comprendre l’autre. En effet, lorsqu’on décide d’apprendre une langue, le principe reste toujours le même; à savoir comprendre et être compris par des sons formant des mots (ou geste dans le cas de la langue des signes). De plus le langage fait de nous des êtres parlant et communiquant avec autrui, il nous permet d’exprimer nos pensées et nos sensations et par là de partager notre vie et rapport au monde. Le langage permet à chacun de nous d’avoir une place dans ce monde, une place unique qui nous identifie en tant que personne à part entière avec nos propres émotions et sensations.

On peut aussi aisément dire que c’est avec le rapport à l’autre que se crée le langage. Car c’est « entre les sensations et le chaos que se noue et se dénoue une des figures possibles du devoir des sensations et de l’émotion qu’elle marque ». Dès lors, le langage en permettant l’ouverture au monde, devient la clef de tout développement émotionnel, psychique, psychologique… Ainsi chacun d’entre nous évoluons avec et par le langage dans une culture donnée. De plus, c’est par le langage que chacun d’entre nous, pouvons suivre les effets de mode et du temps, car la langue s’actualise sans cesse. Si ce sont les hommes qui font évoluer la langue, cette dernière permet cependant de ne laisser « personne de côté ». En effet, nous sommes bien obligés de suivre les « nouvelles tendances » (nouveau vocabulaire, évolution orthographique ou linguistique) afin de continuer à comprendre le monde qui nous entoure.

Ainsi le langage en tant qu’actualisation sociale et communicationnelle, entretient des rapports significatifs avec la culture et donc en ce sens, la maîtrise de plusieurs langues est au service d’une formulation discursive de l’identité. Placer le bilinguisme dans le cadre du dialogisme, c’est donc aussi le considérer en relation directe avec le problème de la coexistence des modèles culturels au sein d’une société ou avec celui de la multiplicité intérieure de la personnalité, plutôt que d’en faire une question de pure linguistique. Le langage, par son partage, est alors une véritable éducation à l’altérité.

En conclusion on peut dire que certes le langage évolue et change avec et pour sa nation, mais c’est en permettant de créer une identité de groupe, qu’il permet d’une part de trouver une assise dans sa propre identité personnelle et donc d’autre part une sécure ouverture au monde. Car « la langue est une identité à travers les diversités individuelles. […] à la fois immanente à l’individu et transcendante à la société

Le langage porte alors toute l’humilité de ce monde,  car il est le vocable de tant d’émotions et de savoirs. Il n’existe d’ailleurs pas de meilleur médiateur que le langage, car il est pris entre l’espace et le temps ce qui lui permet une activité de symbolisation, « qu’aucune verbalisé ou verbosité ne peut épuiser ».

SOURCES

 A.DECROSSES, L’esprit de société: vers une anthropologie sociale du sens, Philosophie et langage, mardaga, 1993.

Emile Benvéniste, dans Problèmes de linguistique générale, 2 (1974, Paris Gallimard, pp.94-95) 

B. SALIGNON, Théories et cliniques psychanalytiques, master 2 psychanalyse, université de Montpellier.

Réflexions tenues par Tzvetan Todorov au cours des journées de travail qui se sont déroulées du 26 au 28 novembre 1981 à l’Université de Rabat

 

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