Accoucher à domicile, une possibilité à connaître !

Accoucher à domicile, une possibilité à connaître !

Autour des années 1940 en France, une nouvelle tendance – qui nous semble aujourd’hui être devenue une évidente banalité – a métamorphosé la venue au monde de centaines de millions de bébés; dorénavant, leur première bouffée d’air, le passage de femme / homme à maman / papa, cette première découverte ex-utero, et foule d’autres moments intimes singulièrement rares qui constituent l’avènement ou la mue d’une parentalité, se déroulent systématiquement durant une hospitalisation, dans des maternités publiques ou privées impersonnelles et aux inconnus nombreux.

Les mères gestantes sont-elles des femmes malades? L’accouchement est-il pathologique par nature?

La réponse est non, bien sur, mais cette systématisation de l’hospitalisation ou le nombre plus qu’infime d’accouchements en maternité réalisés sans aucun acte médical (forceps, injection d’ocytocine, péridurale, épisiotomie, césarienne, la liste est sans fin…) semble prouver que si, dans l’inconscient ainsi que dans le discours de nombre de soignants, un accouchement est une situation pathologique. Cette pratique est devenue une norme intangible, allant de soi à tel point que les premières images qui viennent, lorsque l’on évoque à une personne non sensibilisée l’accouchement à domicile, sont ces petits pays lointains qui n’ont malheureusement pas la chance d’avoir un réseau médical aussi pointu et développé que le notre, ou encore ces mères qui ont subi un accouchement si rapide qu’elles n’ont eu le temps de sortir de chez elle. L’idée qu’une femme – en France! – veuille accoucher volontairement chez elle amène bien souvent dans l’entourage une certaine stupeur, légitime par la méconnaissance acquise ces dernières décennies de l’accouchement au domicile, avec pour craintes prégnates la mort de l’enfant ou celle de la mère. Une crainte qui traverse les générations à travers les récits de nos aïeux les plus âgés, venant d’une époque où l’hygiène était à des années-lumières de nos conditions actuelles. Vivant dans une société paternalisante où la médicalisation est un acte d’abord rassurant, déléguant aux « sachants » la capacité à écouter et prendre soin de son corps, certains couples (dont nous) choisissent néanmoins volontairement d’accoucher à domicile, participant à l’émergence d’une tendance à contre-courant complet de celle connue il y a moins d’un siècle; un choix forcément atypique en France qui l’est nettement moins aux Pays-Bas par exemple, où une femme sur trois accouche dans la chaleur de son foyer, entourée des gens qu’elle aime, par choix.

Notre premier accouchement a eu lieu dans une maternité dite « physiologique »: nous concernant, malgré un personnel sage-femme très respectueux et attentionné, la physiologie est un concept avec lequel ladite maternité s’arrange facilement, avec notamment des injections d’ocytocine strictement obligatoires, des anesthésistes tenant un discours dévalorisant la capacité de la mère à vivre son accouchement sans péridurale, utilisant à chaque fin de phrase des arguments chocs du type « vous dites toutes ça, et puis 95% d’entre vous finissent avec la péridurale, hein!« , une position d’accouchement imposée, les mesures en tout genre effectués sur petit bout trente minutes à peine après sa venue au monde, interrompant alors notre première rencontre pour remplir des cases sur une feuille… Notre second accouchement fut à notre domicile, dans notre cocon, juste à deux, sans sage-femme. Une piscine gonflable remplie d’eau pour l’occasion, des bougies, de la pénombre, un naturel et une complicité totale entre nous.

Et bien, notre deuxième accouchement a permis l’achèvement de ce que notre premier n’avait pu réaliser jusqu’au bout; il faut savoir que pour nous, un premier accouchement a une signification toute particulière, tel un rite de passage entre la vie d’enfant (être l’enfant de…) et la vie de parent (être la mère ou le père de …). C’est un moment intense, empli d’émotions, très attendu – et souvent même très fantasmé! Une mue de nos personnes se sont partiellement opérées lors du premier, puis totalement avec le second; le lieu accompagnant cette profonde transition est important, et nécessite d’être adapté aux désirs profonds de réassurance, de confort, de quiétude, d’apaisement; éléments que la maternité n’a pas pu nous offrir, lors de notre première expérience, et que l’on a pu mettre en place pour le second. Réfléchir en amont au lieu d’accouchement et étaler devant soi toutes les possibilités s’offrant à vous (certaines conditions de santé pouvant orienter vers un refus de la sage femme spécialisée en AAD, par exemple) est un exercice qui nous semble essentiel.

J’ai été peiné, moi Alexis, de voir que lorsque ma femme dit avoir accouché à domicile, on lui assène le fait qu’heureusement son mari était médecin , qu’heureusement j’étais avec elle. Comme si ma blouse blanche maintenait la sécurité. Il n’en est rien et je tiens à le dire publiquement: ma femme a accouché seule, car son corps est fait pour donner la vie! Aucun médecin n’accouche une patiente, aucun professionnel ne devrait s’octroyer le droit de dire « je l’ai accouché ».

Seule la femme accouche et rendons-lui hommage pour cela !

Il est donc important que la femme qui va accoucher sache qu’elle a le choix (maternité, maison de naissance, accouchement au domicile assisté par une sage-femme, ou sans sage-femme, …), ce qui est rarement le cas – surtout pour un premier! Et bien sur, à chacun/chacune de voir quel choix lui correspond, il n’y a dans nos esprits aucun jugement de hiérarchie entre l’accouchement au domicile, ou en maternité, ou ailleurs: la maternité peut être le choix de beaucoup, et ce sera un choix en toute conscience! Quoi de plus confortable que de choisir réellement, avec la sensation que ce choix est le bon, le sien?

Si l’on devait énumérer les raisons qui nous ont amené à aller vers un AAD: liberté de mouvement lors du travail, liberté de la position lors de la poussée et lors de la sortie du bébé et du placenta, les massages en toute intimité, se permettre cris/pleurs/chants graves sans gène pudique… puis la coupure du cordon différée, avec un reliquat plus long laissé à l’enfant pour permettre une meilleure cicatrisation, la mise au sein immédiate si l’enfant le souhaite, différer toutes les mesures inutiles à plus tard, afin de ne pas altérer la première rencontre entre petit bout et le monde ex-utero, entre les parent et l’enveloppe charnelle de petit bout, pouvoir réaliser de l’homéopathie à partir du placenta, toutes les suites de couches… Rester dans son cocon, ne pas être dérangé, connaître son environnement par coeur, la sécurité émotionnelle apportée par celui-ci, dormir dès la première nuit chez soi, ne pas avoir à lutter contre tel ou tel acte médical, ne pas avoir à être suspicieux quant à la moindre seringue ou au moindre bistouri volant autour de nous… Lors d’un AAD, la femme et son bébé sont au centre de toutes les décisions, au centre de l’accouchement. On ne s’en remet pas aux sachants, la sachante, c’est celle qui accouche. Par exemple, saviez-vous qu’il est nettement plus bénéfique d’attendre que le cordon ait arrêté de battre pour le couper? Tant qu’il bat, c’est que la mère continue d’envoyer vers son bébé du sang, nécessaire à une meilleure oxygénation qui se fait avec douceur passant délicatement du cordon à la respiration nasale. Le couper trop tôt revient à le priver d’un tiers de son volume sanguin à la naissance. Saviez-vous que la position prise lors d’un accouchement non guidé correspond très (très!) rarement à celle pratiquée en maternité, choisie simplement pour améliorer le confort de travail de la sage-femme? Saviez-vous que l’injection d’ocytocine, régulièrement administrée en maternité durant le travail, est la première responsable – et de très loin – des hémorragies profuses à propos desquelles nos inconscients paniquent? Logique, quand on sait que cette hormone est uniquement injectée pour accélérer le travail.

Malheureusement, l’information n’est pas loyale en France, avec un accouchement médicalisé extrêmement banalisé par la presse féminine, les médias ou par le corps médical, bien sur, et l’accouchement non médicalisé diabolisé. De ce fait, les femmes perdent le contrôle sur leur accouchement, ne pouvant faire un choix éclairé et n’ayant pas idée qu’elles peuvent refuser toutes ces techniques qui leur sont souvent imposées de fait, les rendent dépendantes et les dépossèdent du véritable vécu de leur accouchement. Attention, l’idée n’est pas de dire que l’accouchement médicalisé n’est pas souhaitable, chacun faisant le choix en adéquation avec ses besoins propres. Ce que nous trouvons dommage est le manque d’information éclairée criant, concernant l’une ou l’autre possibilité d’accouchement.

D’ailleurs, même si l’accouchement à domicile est encore autorisé en France, rares sont les personnes qui savent que c’est une véritable possibilité qui s’offrent à elles – en plus des maternités et des maisons de naissance. Presque un sujet tabou. Il n’est pas facile d’obtenir le nom d’une sage femme pratiquant les AAD.

Selon l’association des sage-femmes, il n’y a à ce jour que 60 praticiens de l’AAD en France et la demande excède largement l’offre. Nombre de sage-femmes que nous avons rencontré seraient intéressées par cette pratique, mais se heurtent à un problème de taille: depuis 2002, une loi stipule : « Les professionnels de santé exerçant à titre libéral (…) des activités de prévention, de diagnostic ou de soins (…) sont tenus de souscrire une assurance destinée à les garantir pour leur responsabilité civile. » (Art. L1142-2 du Code de la santé publique). Or, les sages-femmes qui accompagnent les accouchements à domicile (AAD), n’ont souvent pas les moyens de payer une telle assurance, car c’est environ ce qu’elles gagnent sur l’année. Le montant est calculé sur les gains d’un gynécologue obstétrique… dur de rivaliser! Il existe donc un paradoxe, les sages-femmes doivent être assurées pour exercer légalement mais rien n’est en place pour qu’elles le puissent. Les praticiens exercent alors souvent sans assurance, donc dans « l’illégalité », avec des risques importants encourus.  Il semble que les discussions sur la question de l’assurance professionnelle sont encore à ce jour ouvertes. Cependant il est émouvant de voir que malgré les intenses pressions sociales, juridiques, financières, contre l’AAD, associées à des conditions horaires de travail compliquées (astreinte 24h/24, grand nombre de patientes car une demande dépassant de loin l’offre), la solidarité est bien présente pour permettre à celles qui le souhaitent de vivre un accouchement sécure, au domicile; nous sommes nombreux à relayer cette pratique magnifique d’une naissance respectée.

Pour soutenir l'AAD : https://cdaad.org 

PS: si Louise, fabuleuse SF, passe par ici, une grosse pensée pour toi <3

SOURCES

ADAMSON GD : home or hospital births ? ; JAMA, may 2, 1980- vol 243, No/17, pp1732-1736, 1980. 

ANDERSON RE, MURPHY PA : outcomes of 11788 planned home births attended by certified nurse midwives . Jal of nurse midwifery ; dec 1995.

BRABANT Isabelle, Pour une naissance heureuse, Ed Chronique sociale, 2003.

CHAMBERLAIN G, WRAIGHT A, CROWLEY P, Home Births – The report of the 1994 confidential enquiry by the national Birthday Trust fund. Parthenon Publishing, 1997. 

PIREYN-PIETTE Cathy-Anne, Accouchement à domicile: risque ou modèle?, Mémoire de fin d’étude pour le diplôme de sage-femme, 2005.

 

 

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8 réactions au sujet de « Accoucher à domicile, une possibilité à connaître ! »

  1. Je ne suis pas concernée par l’aad, j’avoue que c’est une pratique qui me fait peur, ayant des césariennes mais je suis d’accord pour dire que trop souvent les femmes se sentent dépossédés de leur accouchement et c’est bien triste car comme vous dites ce passage de l’enfant à la mère est un rite important ! Merci en tout cas pour toutes ces infos que je ne connaissais pas.

  2. Merci pour ce billet très réussi.
    J’ai accouché de mon premier enfant à domicile, par choix, et j’espère pouvoir faire de même pour les suivants ! C’était un moment magique, exactement ce dont j’avais besoin. Un accouchement en maternité ne m’aurait pas du tout convenu…
    Je suis fervente militante de l’information et du libre choix éclairé, en tous domaines.
    J’ai d’ailleurs animé une émission de radio au sujet de la naissance il y a peu, je vous en mets le lien si jamais cela peut vous intéresser. J’ai surtout parlé des possibilités d’accouchement avec soutien médical (je n’ai pas vraiment parlé de l’ANA même si je défends également ce choix, mais j’ai voulu, dans un premier temps insister sur la sécurité de l’AAD…).
    https://soundcloud.com/elanradio/lhumain-decrypte-second-episode-proposee-par-jeanne
    Je m’inscris à votre site qui me semble vraiment prometteur !

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire, et oui on ira voir avec plaisir ton lien et donc ton témoignage. C’est vraiment chouette d’en parler à la radio cela participe à la démocratisation de l’AAD.
      Nous avons parlé d’AAD, mais dans les faits notre expérience se rapprochait plus de l’ANA.
      Merci pour ton compliment sur notre site, on espère donc ne pas decevoir et toujours proposer des articles et videos de qualité 😊

  3. Bonjour et merci de prendre le temps de partager votre expérience.
    Effectivement, l aad n’est pas réservé aux hurluberlus. Simplement aux parents qui sont convaincus de leurs potentiels, en aad, … mais pas que ….
    Je manage une quarantaine de personnes, je gère des budgets de plusieurs millions d euros et j’ai accouché de mes deux enfants chez moi. Cest tout à fait compatible !!

    1. Merci Marion pour votre retour et oui il est essentiel de casser l’image que trop de personnes ont: « l’aad c’est pour les inconscients » 😉 Partageons donc l’information au maximum.

  4. Bravo pour votre témoignage!! Il y a tellement une culture de la peur de l’accouchement en France qui fait oublier que l’Humanité n’est pas née avec la médicalisation. Elle est nécessaire en cas de pathologie de l’accouchement mais c’est important de rappeler que l’accouchement en règle général n’est absolument pas une maladie. Trop de gens opposent à tord « physiologie » et « médical ». La france a beaucoup de retard sur la considération et sa prise en charge de l’accouchement, contrairement au Nord de l’Europe, Canada etc La préparation de l’accouchement en France ne prépare pas assez à la physiologie d’un accouchement alors que même s’il y a volonté d’une médicalisation par la future maman, avec choix d’une péridurale par exemple, la femme devra quand même gérer elle-même, sans assistance analgésique, la physiologie du début du travail de son accouchement, notamment les contractions naturelles (lors d’un déclenchement spontané) jusqu’à dilatation 3 de son col. Alors seulement à partir de ce moment-là, la péridural pourra lui être posée. Cette phase peut être plus ou moins longue et plus ou mois douloureuse en fonction des femmes, de leur corps, de leur préparation à l’accouchement justement, et de l’environnement rassurant qui les entoure où elles se sentent bien, en liberté, respectée…

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