L’autre, un objet de consommation !

L’autre, un objet de consommation !

Il semble évident pour tout le monde que nous vivons, dans nos sociétés actuelles, dans une dynamique de consommation excessive: de produits certes, mais également de sensations – et ce, souvent au détriment des autres. Ainsi, les films, les livres, les pubs, les réseaux sociaux… nous racontent une histoire, essayent de nous vendre un rêve: celui du tout bonheur accessible rapidement, par la… Consommation, voire la sur-consommation. Le ridicule de nos modes de vie est par exemple mis en lumière par les réactions de certaines tribus plutôt épargnées par la « civilisation » à qui on amène des images de notre quotidien. Si tu nous lis régulièrement, tu sais déjà que nous nous sommes mis au minimalisme, sinon tu peux lire notre article à ce sujet: http://ailesetgraines.com/une-semaine-pour-etre-minimaliste/

Nous ne vivons pas notre vie, nous la consommons. Faire vite, au maximum de nos capacités, faire bien, vivre à fond, vivre mieux, déshonorer le reste et surtout gérer – pardon, contrôler – nos émotions; avec des moments prévus et socialement acceptés pour lâcher momentanément ce contrôle. Du lâcher-prise contrôlé, en somme. On ne compte plus les livres qui vous vantent la recette magique du bonheur, à base de contrôle sur ce qui ne doit pas l’être: les émotions. Tout va dans ce sens, y compris les pratiques tendances du moment tel le yoga ou la méditation; entendons-nous bien, nous n’avons rien contre ces pratiques, extrêmement intéressantes par bien des aspects. Nous trouvons simplement dommage et mal à-propos lorsqu’elles font effet de pansement. On entend souvent « Je fais du yoga, ça me déstresse… ». Et si nous faisions le choix de s’attaquer aussi et surtout à la cause même du stress?

Je voulais mettre en lumière comment l’autre (son parent, son partenaire, son enfant, son ami…) est également devenu un objet de consommation, entraînant ainsi des relations investies dans des postures qui ne peuvent être ni épanouissantes, ni stables – à moins de rester dans un état de déséquilibre équilibré.

Le consumérisme renvoie à notre rapport à l’objet – notamment l’Autre – et à notre narcissisme, à la façon dont on investit l’Autre dans le désir d’être aimé. Dans notre société, l’objet qui peut représenter une chose ou une personne, est très désiré voire convoité au point où il en arrive parfois à définir la personne que l’on est par notre statut ou pour notre valeur. Par exemple, un individu peut souffrir de ne pas avoir des attributs d’une certaine valeur financière, car il estime que c’est cela qui le définit socialement (maison, voiture, bijoux…) – ou encore le fait de « posséder » une femme ou un mari avec des enfants, représentant toute une symbolique dans notre société (épanouissement, réussite, exemple du bonheur familial…). DURKHEIM dans son ouvrage « Le suicide », avait mis en valeur cet aspect matérialiste que ça soit en possession d’objet ou de personne dans le fait que cela puisse impacter le taux de suicide dans une société.

En psychologie, la relation d’objet est donc quelque chose du registre de l’imaginaire, il n’est pas réel dans son aspect, très inconscient il prend une forme quelconque dans le réel (relation amoureuse, statut social, objet matériel…). Pour LACAN l’individu « ne cesse de chercher dans le regard social les signes de la valeur de son existence sans jamais mettre un terme à ce labeur ». Ainsi, dans notre société ce désir si fort d’être aimé et reconnu répond à une logique de l’objet à consommer.

Autrement dit, l’individu cherchera toujours dans l’objet aimé, qu’il investit voire qu’il surinvestit, sa propre image pour s’aimer lui-même. Dans la logique qui suit: si on m’aime c’est que je suis aimable donc je peux m’aimer. Ainsi l’individu sera toujours à la conquête de l’autre, d’où l’investissement d’un objet d’amour et de désir. Ce qui explique cette ardeur dévorante pour le consumérisme actuel qu’il soit dans une chose ou dans les relations. D’autant que l’être humain a le fort besoin d’être désiré, aimé; il cherche en l’autre le regard qu’il ne porte sur lui-même, dépendant totalement du regard social (un groupe ou une personne seule) pour estimer sa propre valeur. Cette « faille narcissique » est au commencement même avec le regard de la mère porté sur le nourrisson puis alimentée par la société (l’école est un parfait exemple: l’enfant perd ou gagne confiance en lui selon son niveau scolaire). LACAN explique que l’individu « ne cesse de chercher dans le regard social les signes de la valeur de son existence sans jamais mettre un terme à ce labeur »

Le psychanalyste CAUSSE explique que « l’individu se perd dans un reflet de lui-même qu’il prend pour la vérité de son être et qu’il contemple dans l’espoir de lui donner vie ». Cependant notre société est pathologique car partagée entre deux contradictions: d’un côté cet individualisme qui prend source dans le narcissisme propre à l’Homme et aussi dans cette affirmation de soi propre à notre époque mais d’un autre côté l’identité est fragile, trop dépendante, voire incertaine ce qui affecte les liens sociaux et donc le rapport à soi. L’individu est alors prisonnier du dilemme de sa singularité face à un monde non soutenant qui met à mal son authenticité. Il est alors possible que cet « effort pour apparaître sur la scène du monde se construise sur l’arrière-plan de la forte angoisse d’un « disparaître » » . On touche dès lors un problème complexe: c’est de faire entendre que le faire-ensemble, l’épanouissement de chacun réside dans l’abandon de ce besoin tout puissant « de l’avoir ou du pouvoir », afin de penser en terme global de socialisation. Il serait donc nécessaire pour diminuer la souffrance d’une part de modifier notre rapport subjectif à l’objet, en changeant la place que l’on occupe dans le rapport à l’autre, au monde et d’autre part de repenser le lien social dans sa globalité.

 

Pour voler de ses propres ailes :

ABRAHAM.K, Esquisse d’une histoire du développement de la libido fondée sur la psychanalyse des troubles mentaux, 1924.

BROUDICFIELD (psychanalyste), Le suicide réalité sociale et réalité psychique, le journal des psychologues, éd martin média, n° 262, 2008.

BUGEL.P,  Le Burn-out, revue Patient care, juillet 2003.

CAUSSE, extrait du cours sur l’Ethique du sujet et l’objet du manque, master psychanalyse Montpelier.

DURKHEIM, Le suicide, Puf,  édition 2013.

FREUD,  Deuil et mélancolie (1915), in Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1981.

GIFFARD, psychiatre, extrait de son cours Processus et travail du deuil, formation au diplôme d’infirmière, 2013.

LACAN, Séminaire, tome 4, relation d’objet (1956), Seuil, 1998.

LACAN, Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je , Ecrits, Paris, Seuil, 1966.

LAMBOTTE (psychanalyste), L’objet du mélancolique, Eres, 2012. MIOLAN Nicolas, psychanalyste, écrit sur Deuil et Mélancolie, IFPP, Edupsy.

Site de l’INSEE, http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=Suicide, 2011.

Intervention sur le Deuil et la mélancolie par l’association lacanienne internationale

 

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