La sexualité au commencement de la névrose collective

La sexualité au commencement de la névrose collective

 

Lors mes premières recherches concernant les névroses collectives, je me suis aperçue que le terme avait déjà été employé, mais le plus souvent en théologie ou en philosophie. Des domaines que j’ai pu également étudier et qui, selon moi, ne sont pas si éloignés de la psychanalyse par la finesse scientifique de leurs analyses.

Ainsi les névroses collectives semblent être un terme utilisé afin de mettre en avant un groupement d’individu ayant subi les mêmes refoulements, et donc ayant développé les mêmes névroses. Comme l’explique par exemple Antoine VERGOTE: « il se trouve des milieux chrétiens, larges ou restreints, à ce point obsédés par le péché, surtout sexuel, que l’analogie avec la névrose obsessionnelle religieuse s’impose. C’est pourquoi nous adoptons le terme analogique de névrose collective ». La notion ici de la sexualité est très importante, car le refoulement pulsionnel de celle-ci se retrouve dans de nombreux ouvrages comme dans La Société du malaise d’Alain EHRENBERG: « l’étude de la sexualité au temps de FREUD, perdure encore durement aujourd’hui dans nos névroses», ainsi que pour FREUD lui- même qui la mettra en avant sous une autre appellation: la névrose actuelle.

Le terme de « névrose actuelle » se différencie des autres névroses par le fait qu’elle n’est pas le résultat de faits antérieurs, liés à l’enfance ou au passé mais plutôt à la vie actuelle du sujet. Ainsi la névrose actuelle naît principalement dans le cas « d’une excitation sexuelle interne qui ne trouve pas de décharge ou lorsque celle-ci reste insatisfaisante entraînant des perturbations dans bien des domaines tels que celui du sommeil, du relationnel ou encore des aptitudes physiques, elle peut également entraîner de l’anxiété, un manque d’intérêt, de l’ennui et des sentiments d’infériorité ». Se classe dès lors dans les névroses actuelles les névroses d’angoisse, les neurasthénies et l’hypocondrie. En clair, tout ce qui ne concerne pas votre enfance directement pourrait être en lien avec le poids écrasant de la société. Mais cela ne peut qu’être une névrose seulement si cela en devient « handicapant » en affectant un pan de votre vie.

Quel est alors le lien entre les pulsions et donc le refoulement sexuel, la névrose actuelle et les névroses développées par la société?
Voilà une question à laquelle CHEMAMA a tenté de répondre dans son ouvrage Dépression, la grande névrose contemporaine.
En effet, selon l’auteur, nous vivons dans une tyrannie de l’immédiateté, où l’obligation d’être opérationnel 24h/24 et 7j/7 est omniprésente; ce qui fausse totalement la notion de temporalité. Ainsi le « complexe d’Oedipe pourrait être perturbé par les nouvelles règles de l’économie de marché». Puisque cette dernière transforme tout objet en objet de jouissance possible, elle supprime l’existence d’objets interdits. Ainsi pour CHEMAMA, le sujet de l’ « hypermodernité » est un sujet pour qui l’impossible n’existe plus, donnant alors entière puissance à l’envie d’assouvir toute pulsion érotique (la sexualisation est donc à son paroxysme). De ce fait il ne s’agit pas de fait mais de déduction ou d’hypothèses (difficilement démontrables scientifiquement), où la frustration de l’échec, la maladie ou la mort peuvent être alors envisagées comme étant les résultats d’un excès d’excitation qui engendrerait inévitablement de l’angoisse et de la culpabilité. Le symptôme névrotique est alors une défense contre l’angoisse et la culpabilité générée par ce conflit intrapsychique.

Sachant que  toute pulsion sexuelle ne peut être assouvie dès lors que l’individu vit avec ses semblables en horde, déclenchant ainsi des refoulements et donc potentiellement des névroses. Ainsi dans un monde où tout semble permis, où tout semble possible, où l’image sexualisée est mise en avant dans une société hyperstimulante; il est donc possible que le psychisme soit totalement débordé. Le mécanisme de défense au débordement est donc bien souvent l’angoisse. FREUD montre que l’angoisse provient d’une accumulation d’excitation, dont l’origine est somatique. Cette excitation somatique est de nature sexuelle et se produit parallèlement à un décroissement de la participation psychique dans les processus sexuels. Un fait que l’on retrouve dans les définitions de la névrose actuelle (tension sexuelle dans le présent et somatique) et de la névrose collective (frustration sexuelle amenant au refoulement).

De plus, FREUD raccroche sa théorie des « névroses actuelles » aux phénomènes inquiétants attribués aux foules organisées, étudiées par Gustave LEBON, notamment concernant la susceptibilité et la contagiosité ou encore l’implication affective. Par exemple dans son article dans Psychologie des foules analyse du moi, FREUD évoque l’identification hystérique des jeunes filles dans un pensionnat. Dans ces phénomènes, FREUD étudie le rôle du meneur d’organisation: plus une foule est organisée (église ou armée), plus l’individu identifie le chef à son moi idéalisé. Dans Malaise dans la civilisation, FREUD évoque également l’idée d’un surmoi collectif, qui pourrait connaître des pathologies, sous l’influence de communautés inadéquates. Cependant on peut aussi dire que les pathologies collectives sont la résultante de pathologies individuelles. Car un tout est toujours constitué de l’ensemble de ses parties. Ainsi on pourrait trouver la source dans le contenant culturel de chaque individu, c’est-à-dire sa structure familiale d’origine qui est elle-même porteuse de théories et de fantasmes sexuels originaires, d’idéaux éducatifs et d’idéologies emprunts des générations précédentes et de la culture du pays.

On pourrait alors dire que la névrose collective prend racine aux mêmes endroits que la névrose actuelle: d’une part dans le présent et d’autre part dans les frustrations sexuelles qui génèrent des tensions intrapsychiques. Un mal intrapsychique dont souffrent beaucoup d’individus qui viennent consulter les psychanalystes, psychologues et psychiatres; et qui font écho directement aux grandes maladies contemporaines telles que l’angoisse ou la dépression. La mélancolie dans son ensemble est en effet présentée comme « l’excès de libido qui se matérialise dans une espèce de convulsion hémorragique indiquant un état pathologique rendu actuel par la voie de l’excès et de la non-conflictualité». La névrose collective semble donc être une névrose actuelle au sens freudien du terme, c’est-à-dire « une névrose non-créatrice et comme vide de désir, impuissante à élaborer et à transformer ses conflits, seulement capable de générer des tensions, sans jamais prendre parti ». PONTALIS ajoute d’ailleurs que seule la névrose d’une société dans son ensemble peut nous en apprendre sur la souffrance qui caractérise la souffrance individuelle actuelle. Car si la société est formée par l’ensemble des individus qui la compose; elle est aussi créatrice de névroses chez chacun d’entre eux.

SOURCES

ABRIEL, Fédération Professionnelle de Psychanalyse, Névroses Actuelles, 2014.

A. VERGOTE, Dette et désir. deux axes chrétiens et la dérive pathologique, Paris, Ed du Seuil, 1978.

A. EHRENBERG, La société du malaise, Odile Jacob, 2010.

A. EHRENBERG, La fatigue d’être soi, Paris, Odile Jacob, 1998. Page 59

CHEMAMA.R, Dépression, la grande névrose contemporaine, ERES, « Humus – subjectivité et lien social », 2006.

G. LEBON, Psychologie des foules (1895). Édition publiée par Félix Alcan, 1905.

S. FREUD “ Psychologie collective et analyse du moi ” (1921)

S. FREUD (1929), Malaise dans la civilisation (trad. française, 1934) 

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