La fratrie où l’enfant dans tous ses états

La fratrie où l’enfant dans tous ses états

Comment commencer un tel sujet sans se demander ce qu’est un enfant ? Bien sûr on pourrait en rester à l’idée que l’on se fait : personne non majeure, moins de 18ans, personne fragile, personne à éduquer/ élever, petite personne, gamin, gosse, petit (e) garçon/fille…

Mais si on se penche un peu plus sur sa définition, on trouve :

« Un enfant est un être humain dans sa période de développement située entre la naissance et la puberté (ce qui inclut le nouveau-né, le nourrisson, le jeune enfant…). L’enfant est également une désignation relative à la filiation, généalogique ou symbolique.

L’enfant figure aussi un état, opposable à l’état parent, et préliminaire à l’état adulte. »

Maintenant que nous avons une vision plus claire de ce qu’est un enfant, je vous propose de se pencher sur les différents « états » de l’enfant au sein d’une fratrie.

Mais qu’est-ce donc qu’être frère et sœur ?
Selon MUXEL, c’est : « Une complicité, un obstacle, une référence, une ressemblance, une rivalité, un silence aussi parfois. Un peu de tout cela à la fois. Difficile à dire, difficile à décrire. Mais il est certain que la trame fraternelle de l’enfance est déterminante dans la constitution de l’identité du sujet. […] Frères et sœurs ont à inventer et à réguler un mode d’être ensemble. […] Le lien de germanité inscrit l’individu familialement mais aussi sociale-ment à la fois comme semblable et comme différent.»

Avoir des frères ou des sœurs, il est vrai, c’est s’embarquer pour une aventure singulière. Chaque fratrie est unique par sa composition, le rythme des naissances, le hasard de la répétition, des sexes et les conditions de vie de la famille.  Ainsi la relation qu’a un enfant avec ses frères et ses sœurs évolue et peut passer par plusieurs états : la complicité, la rivalité voire la violence, l’indépendance nécessaire ou impossible (souvent pour les jumeaux), la solidarité qui se crée à l’âge adulte (ou avant) et le soutien mutuel (très présent dans le grand âge). De plus si les conflits entre frères et sœurs sont au cœur des discussions et des préoccupations, que ce soit des parents ou des professionnels, ils n’en sont pas moins importants aussi à l’âge adulte (héritage, succession, blessures enfantines, jalousie…).

Ainsi si la fratrie peut être source d’épanouissement pour l’enfant, qui de par ses frères et sœurs se sociabilise et apprend quelques valeurs tel que le partage, elle peut être aussi source de souffrances et provoquer de réels troubles cognitifs. 

Pour MEYCKENS FOURENS, il y aurait trois fonctions à la fratrie :

    • une fonction d’attachement, de sécurisation, de ressource ;
    • une fonction de suppléance parentale;
    • une fonction d’apprentissage des rôles sociaux et cognitifs

Quant aux parents, ils ont un véritable rôle dans la dynamique de la fratrie, la façon qu’ils auront élevé les enfants, les distinctions, le rôle et les transferts qu’ils feront impactent la bonne ou mauvaise entente entre les membres de la famille. La relation entre le père et la mère est aussi un exemple pour les enfants et notamment dans la gestion des conflits. Il y a donc une grande variabilité dans la manière dont les frères et sœurs se conduisent les uns avec les autres et ces relations sont souvent teintées d’ambivalence et ce tout au cours de leur vie.

RUFO disait d’ailleurs: « La fratrie est le partage de moments vécus, la construction de souvenirs communs « .

TILMANS OSTYN et MEYNCKENS-FOUREZ expliquent que: « Parler de frères et sœurs, c’est parler de personnes qui sont en principe amenées à vivre ensemble. Elles ne sont pas choisies, n’ont pas décidé de se retrouver dans la même famille et ne savent pas divorcer, même lorsqu’elles s’éloignent. […] Grâce à la fratrie l’enfant apprend l’interdit du meurtre et de l’inceste (microsociété), à se situer par rapport à ses pairs, vivre des expériences de rivalité, à gérer son agressivité et découvre la complicité.[…] L’enfant qui se sent écrasé par un frère ou une sœur souffre aussi, […] les relations fraternelles ont une influence considérable sur la position sociale ou la relation conjugale que l’individu connaîtra plus tard. Il reprendra le rôle qu’il connaît bien –dominant ou suiveur- et aura tendance à reproduire les mêmes schèmes relationnels.»

Je finirai en disant que KAES évoque la relation fraternelle comme prévalante dans la construction de l’identité. Elle constitue à elle seule un ensemble d’étapes par lesquelles l’enfant, passant par différents états, va se construire en tant que personne. Et ces mêmes états se prolongeront dans les institutions et dans la vie sociale. En psychanalyse, le lien fraternel est une relation psychique entre deux (ou plusieurs) sujets qui se prennent l’un l’autre pour une projection clivée d’eux-mêmes (je suis/ je ne suis pas comme lui). Ainsi la rivalité s’expliquerait par le partage de l’objet d’attachement principal (la mère dans la plupart des cas) et la complicité par une réactivation du complexe d’oedipe (cf les théories de Mélanie KLEIN). Pour LACAN, avoir un frère ou une soeur permet de dépasser le lien primaire avec sa figure d’attachement et donc de passer de l’identification à l’individualisation. La présence d’un frère ou d’une soeur  joue comme un miroir dont on ne sait pas s’il va faire apparaître un double ou un tiers.

 

Le groupe fraternel est donc autonome et joue un rôle tout à fait particulier dans la construction de l’identité, ainsi que dans la mise en place du système de valeurs de l’enfant. L’expérience fraternelle constitue un terrain unique de subjectivation et de socialisation.

Ainsi l’enfant dans tous ses états deviendra l’adulte dans tous ses états, mais qu’il soit ou non élevé au sein d’une fratrie.

SOURCES

CAMDESSUS Brigitte, La fratrie méconnue. Liens du sang, liens du cœur. ESF, 1998, p8

TILMANS OSTYN Edith, MEYNCKENS-FOUREZ Muriel, Les ressources de la fratrie, Eres, 1999, p 37, 38,  59

KAËS, René. Le complexe fraternel. Dunod, 2008.

BOURGUIGNON Odile et coll. (1999), Le Fraternel, Paris, Dunod, p. 94.

MUXEL A. (1998), « Etre frères et sœurs, le rester », Informations sociales, n° 67, Paris, CNAF, pp 4-15

Vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager et à venir nous rejoindre sur notre page Facebook: ICI

Si tu veux suivre notre actualité et recevoir notre e-book GRATUIT sur: 

"AVOIR UN COUPLE EPANOUI EN 3 ETAPES", 


inscris-toi à notre newsletters ! 

( => en un clic sur la barre latérale  !) 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *