Une super maman militante anti VEO : interview de Maja

Une super maman militante anti VEO : interview de Maja

Continuons notre tour d’horizon des supers mamans (ne vous méprenez pas, point de sexisme ici: il se trouve simplement que les personnes inspirantes de notre environnement pour l’instant interviewées ne sont que des femmes!). Aujourd’hui on te propose de faire la connaissance de Maja; ceux qui fréquentent les groupes Facebook de soutien dans la lutte contre les VEO (violences éducatives ordinaires) la connaissent forcément!
En effet, cette maman de deux enfants en « instruction en famille » donne bénévolement de son temps quotidiennement pour aider tous les parents en difficulté qui pointent sur son petit écran, afin de les aider à cheminer sur le chemin de la bienveillance parentale, centrée sur un unique objectif : le respect pour nos chères têtes blondes. On est plus qu’heureux qu’elle ait accepté de répondre à nos questions car cela fait quelques années déjà qu’elle est notre dealeur de bons conseils en la matière.
Sans plus attendre, voici son interview:

Coucou Maja, pourrais-tu te présenter en quelques mots pour ceux qui ne te connaissent pas?

 

J’ai 35 ans, je suis mariée et nous avons 2 enfants un garçon de 5,5 ans et une fille de 9,5 mois. J’ai changé d’activité lors de la grossesse de mon fils (anciennement dans le conseil en informatique à vadrouiller partout) pour me consacrer à plein temps à son accompagnement et j’ai commencé à m’impliquer dans les questions de parentalité au-delà de notre cas personnel avec une double démarche: l’entraide via les réseaux sociaux et actions locales (dans mon quartier), et le militantisme contre les VEO (violences éducatives ordinaires). 
La considération des enfants est vraiment un sujet qui me prend aux tripes. 

Tu prônes depuis longtemps la bienveillance éducative; peux-tu nous dire si cela a toujours été le cas? 

Longtemps non justement à l’échelle de ma vie cela fait seulement depuis 4 ans que j’ai opéré un virage à 360 sur ma vision envers les enfants. Si pour pour moi les châtiments corporels étaient exclus avant d’avoir des enfants, je prônais une éducation où mes futurs enfants fileraient bien droit.

La première année de vie de mon fils a été un grand chamboulement, j’ai commencé à comprendre qu’il y avait un problème dans la relation basée sur le rapport de force où je « jouais la figure d’autorité ». Une amie a mis rapidement le doigt dessus et j’ai commencé à m’informer car cela renversait tous mes paradigmes : non mon enfant ne veut pas prendre les commandes pour devenir un enfant roi, il est mu par un désir de relations apaisées et de découvertes, il n’a juste pas la maturité de l’adulte pour s’exprimer et gérer les situations. Rapidement la notion même d’éducation bienveillante telle que largement galvaudée avait certains aspects auxquels je n’adhérais pas (le rapport à l’autorité, la définition des limites, sans compter les querelles sur l’opposition bienveillant/malveillant, l’extension de la posture bienveillante aux adultes etc.), du coup je parle maintenant d’un accompagnement respectueux plutôt que d’une éducation bienveillante. 

 

As-tu eu toi aussi, enfant, grandi dans une atmosphère bienveillante?

Oh non … Je peux dire même qu’elle était maltraitante. Je ne me souviens plus trop comment je m’en suis rendue compte et de qui a (ont) été mon (mes) témoin(s) secourable(s) (cf Alice Miller) mais il a été clair rapidement que jamais je ne ferai subir les traitements que j’ai moi-même subi à mes enfants (je me souviens l’avoir souvent dit à ma mère d’ailleurs plus comme une vraie conviction que de reproches). 

 

Quand il t’arrive d’être à bout d’énergie, de patience, quelles sont tes petits astuces persos pour ne pas t’en prendre d’une quelconque manière à tes petits?

Alors oui malgré mes convictions le cheminement ne s’est pourtant pas fait du jour au lendemain sur comment gérer mes propres émotions, car pour ne pas « s’en prendre à nos enfants » il en va de notre façon de gérer nos émotions de façon non violente. Et pour cela oui il faut un travail sur soi… Il est à la mode en ce moment de critiquer les alternatives à l’éducation classique sur cet angle du « travail sur soi » qui ne serait pas nécessaire, je profite de votre tribune pour le réaffirmer : se mettre en colère est une chose « normale » « saine », le faire de façon violente surtout envers plus faible que soi est un signal d’alarme sur des défaillances que l’on a et dont il faut s’occuper de toute urgence. 
Donc pour ma part je me suis rendue compte que mon éducation a grillé mon empathie et mes capacités à gérer mes émotions. Car pour répondre à la question quand on arrive à bout d’énergie et de patience c’est souvent la colère qui prend le dessus.
Donc plus que de petites astuces c’est un cheminement au cours duquel je suis passée par différents stades: celui où comme l’enfant je me retrouvais rapidement submergée et où il fallait que mon trop-plein sorte (j’utilisais des coussins dans une autre pièce pour crier ou taper dedans), puis le stade où j’accueillais sans jugement la vague qui me submergeait où je me reconnectais avec mon propre enfant intérieur avant de pouvoir me connecter à mes enfants. 
Ensuite j’ai trouvé le salut dans l’anticipation et la meilleure connaissance de moi-même (et de mes besoins).
Au quotidien, je le dis souvent, je choisis mes batailles, je donne toujours la priorité aux relations apaisées à mes enfants et je cherche où part inutilement mon énergie: du ménage pas fait, des conflits avec des proches, une surcharge de travail: clairement si tout ça commence à me peser et compromet ma posture non violente je passe en mode « minimum syndical »‘(ma vaisselle peut croupir, je mets les distances avec certaines personnes, je lève le pied sur le boulot). 
Et surtout je surveille ma jauge: elle ne passe pas du vert au rouge (voire pourpre…) en un quart de seconde. J’apprends donc à reconnaître les signes qui me traversent, et un bon indicateur aussi est de me dire là tout de suite est-ce-que j’ai envie de serrer mon enfant dans mes bras? Si ce n’est pas le cas c’est que je suis déjà dans le orange foncé et là je mets pause sur la situation (je prends une petite distance physique s’il me faut, je vais boire un verre d’eau ou souffler un coup) et je reviens moins à cran et plus lucide pour trouver une résolution non violente. 
fils de maja
– Fils de Maja –

Ce choix d’éducation est malheureusement loin d’être le modèle majoritaire en France; est-ce que tu fais face à la critique négative auprès des tes proches? Si oui, comment le vis-tu?

Les critiques que j’ai eu n’étaient pas vraiment généralistes sur ma posture mais plutôt indirectes avec des pointages du doigt des comportements de mon fils. Donc je vivais mal au début de mon cheminement l’étiquetage qu’on lui faisait et les mauvaises prédictions qu’on me faisait. Puis avec le temps, comme je réparais mon empathie, je comprenais l’incompréhension des autres et j’essayais de faire aussi travailler leur empathie. Aujourd’hui je suis très sereine par rapport au regard des autres  et à leurs remarques/questionnements/critiques, j’ai arrêté de vouloir con-vaincre, je garde mon énergie pour ceux qui veulent se remettre en question et qui ont besoin d’aide.

 

Et le papa dans tout cela, qu’en pense-t-il? Etes-vous toujours d’accord sur les choix éducatifs qui concernent vos enfants?

Oui il m’a rapidement suivi sur la posture générale du respect et de la considération de nos enfants comme étant nos égaux, il a juste pris un petit train de retard sur la mise en pratique de certains aspects (inhérents au contrôle et à la limitation ou sur les réponses à donner à chaud) et du fait que c’est aussi lié à un « travail sur soi » (compétences à exprimer ses propres besoins, gérer ses émotions etc) : il y a donc eu et il y a encore des tensions à ce sujet car on a chacun encore des choses à régler. Mais on avance et pour moi c’est l’essentiel on grandit avec nos enfants et on en est tous les deux conscients. 

 

Certains parents émettent la critique suivante concernant l’éducation bienveillante: hors de la bulle, la « vie est dure », « le monde extérieur est difficile », il faut préparer au mieux ses enfants à cette réalité, quand bien même cela passe par des VEO … peux-tu nous donner ton avis ?

C’est absurde justement notre rôle d’adulte n’est pas d’adapter nos enfants à une société malade, car oui je suis persuadée qu’elle l’est, mais de contribuer à son changement en préservant nos enfants de conditionnements qui leur enlèverait leurs ressources: leur empathie, leur habilité à créer du lien, leur liberté, leur sens de la justice et leur esprit critique. 

Des enfants ainsi respectés dans leur intégrité, leur personnalité et aimés inconditionnellement devrait apporter quelques changements dans ce monde qui ferait qu’on parle moins négativement de lui.

Tu donnes beaucoup de ton temps dans la lutte des VEO ; peux-tu nous en dire plus sur ce combat de tous les jours?

Selon ma disponibilité, je m’implique plus ou moins dans des actions militantes, mais je donne la priorité à l’entraide et pour cela oui je crois qu’il ne passe pas un jour où je ne réponds pas à une question d’adultes qui s’interrogent sur comment gérer une situation de façon la plus respectueuse de l’enfant. C’est un travail bénévole mais je suis convaincue de son impact sur les changements de paradigmes alors je continue. 

 

– photo © Sophie Blum –

veo affiche métro

Si tu pouvais donner un seul conseil aux parents qui lisent cette interview, lequel ça serait ?

Tout est dans les lunettes que vous portez, changez-les souvent, remettez-vous en question, sondez votre propre enfant intérieur, informez-vous, observez vos enfants, surtout faite-leur confiance: ils ont toujours une bonne raison de faire ce qu’ils font et leurs intentions sont bonnes dès le départ.  (Ok c’est plus qu’un seul conseil mais ils sont importants).

Et enfin, une citation qui te porte au quotidien? 

« Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade. »

Jiddu Krishnamurti

 

 

Mille mercis Maja pour toutes tes réponses, qui je l’espère auront pu contribuer à inspirer toujours d’avantage de personnes. Et à promouvoir ta vision mettant à distance les VEO de l’éducation de nos enfants.

Choisir l’éducation bienveillante est loin d’être une solution de facilité, elle est souvent critiquée (à ce sujet, je te propose la lecture d’un article que l’on a rédigé il y a quelques semaines: « Quand différence sonne comme intolérance »), mais je crois qu’on est tous en accord pour dire que cela en vaut largement la peine, autant pour l’enfant que pour le parent – et donc aussi pour la relation parent/enfant.

 

Avec toute notre bienveillance

 

 

Une réaction au sujet de « Une super maman militante anti VEO : interview de Maja »

  1. Waw… Superbe témoignage… encore merci pour tout ce que vous nous apportez régulièrement… C’est chaque fois un soufle de courage qui nous pousse toujours plus loin dans la bienveillance envers nos enfants 🙂

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