Le fléau de l’épuisement parental, vous connaissez?

Le fléau de l’épuisement parental, vous connaissez?

Un jour, on m’a dit : « tu connaîtras ce qu’est la vraie fatigue une fois que tu seras parent« … Oui, ok. Je m’incline. Définitivement.

Je vais vous partager dans ce billet une période de ma vie extrêmement éprouvante. Je ne doute pas que quiconque pourra reconnaître une partie de sa propre histoire dans ce récit, celui d’une maman à bout de souffle… et du reste.

Tout au long de ma première grossesse, j’ai été insomniaque. Profondément insomniaque. A tel point que ma tension est tombée à 7/5 et qu’à 5mois de grossesse – prise d’un énième mal de tête – je suis tombée dans l’escalier. Pour l’anecdote, je me souviendrais toujours de cette matinée là car mon mari était parti faire des courses, j’étais seule chez nous et j’ai eu tellement peur de perdre notre enfant… Je suis restée un moment à terre, suite à la chute, en bas de cet escalier, un peu sonnée. Très vite, sans bouger j’ai fait un petit check-up de mes ressentis, comme mes parents me l’avaient appris gamine: je peux bouger les orteils, les doigts, la tête? ok… juste une entorse, ouf !

C’était encore après une nuit où malgré un état d’épuisement intense, je n’avais pas réussi à trouver le sommeil. Les médecins avaient leurs théories: pour certains c’était de l’angoisse, pour d’autres les hormones… bref j’ai donc essayé des solutions, des plus médicales aux plus surprenantes… rien n’y a fait. Je ne dormais pas. Et difficile de trouver du soutien auprès de mes proches qui, répondaient certes gentiment mais un peu à coté de la plaque: « ça te fait un bon entraînement quand bébé sera là« , « oh moins t’as le temps de faire autre chose« , « tu te mets au rythme de bébé, fais des siestes« … non non et NON ! Ne pas dormir plus de trois heures par 24h sur des mois n’est pas une chose anodine, et occasionne toutes sortes de conséquences physiques mais aussi psychiques. Clairement, c’est un chemin tout tracé vers la dépression…

Et puis, ces neuf mois devaient bien finir par se terminer, un jour! Alors, quand bébé est arrivé, je me suis dit: « ça sera de toute façon pas pire, niveau fatigue! » Hum… Pieux voeu, mais non exaucé!

Mon aîné a eu des RGO (reflux gastro-oesophagien). Bon, dit comme ça, on se dit que c’est pas si terrible, ça n’a pas l’air effrayant: beaucoup de bébés en ont, ça dure quelques semaines et hop! Et bien, non, pas hop, pas chez nous en tout cas! En pratique je pense qu’il faut avoir connu ce qu’est d’accompagner un « bébé avec RGO » pour le comprendre: vous avez un bébé qui hurle et pleure de douleur 8 à 13h / 24h; vos journées ne sont plus calées sur  la nuit / le jour, mais par les alternances pleurs-cris / sommeils de bébé; vous ne savez pas ce qu’est materner, jouer ou prendre plaisir à habiller votre enfant: ça paraîtra probablement exagéré pour un parent n’ayant pas connu cette expérience, mais ceux l’ayant eu valideront sans souci: vous êtes simplement et uniquement dans la survie, rien d’autre.

On s’est toujours dit que cela dépassait notre imagination qu’un parent seul puisse accompagner avec bienveillance son enfant dans ce début de vie; avec mon mari nous nous sommes toujours beaucoup soutenus,  une vraie équipe parentale: relais toutes les 3h, nuits incluses, où chacun son tour on portait bébé en écharpe de portage tout en marchant NON STOP. Seule possibilité pour qu’il puisse dormir un peu. C’était une vraie course de relais, où le travail de ton coéquipier est aussi important que le tien car si l’un abandonne, tout le monde perd.

Je me souviens de ces rares moments où je pouvais me doucher, où même tenir debout était difficile, où je laissais tout mon corps s’effondrer sur cette céramique dure et froide, l’eau coulant le long de mon corps ne pouvant effacer que les larmes qui roulaient sur mes joues; je n’avais même plus la force de crier mon désarroi. Je me souviens de la souffrance que je ressentais face à encore un dit-professionnel de la santé qui nous toisait avec négligence, et où d’un geste de la main il me faisait comprendre que c’était certainement lié aux angoisses de la mère (ah elle a bon dos la mère dans ces moments-là), et ne pouvant rien faire pour nous n’avait d’autres mots que: « c’est normal, ça va passer« . Nous n’en étions qu’à 1mois alors, je pensais déjà à la barre de 3mois comme un lointain mirage, me répétant que cela irait après ça. Je me souviens vivement d’un soir, pleurant d’épuisement, où  j’avais dit à mon mari que je ne voyais pas comment nous allions tenir tous les trois encore 2mois de plus… au final, cela aura duré 9mois ! Je me souviens de mon pauvre petit amour, hurlant et hurlant encore, malgré notre dévotion absolue.

Même si aujourd’hui il m’est encore difficile d’en parler, tant la violence et l’intensité de ces moments est encore palpable, comme incrustées dans nos corps, j’ai souhaité l’écrire pour toi, le parent qui donne tout, toi le parent qui a les genoux douloureux tellement tu marches, toi qui a les bras qui font mal tellement tu berces, toi qui ne sait pas la dernière fois que tu as mangé, toi qui peut compter tes heures de sommeil sur la dernière semaine sur tes 10doigts, toi qui regarde parfois la fenêtre en te disant que si là de suite tu sautais, tout serait enfin terminé … Toi qui est actuellement, ou a été, dans ce fléau du profond épuisement parental.

Je veux te dire qu’aujourd’hui, quand je regarde mon magnifique fils et que je repense à tout ça, je me dis que je suis plus forte que je le pensais, que nous avons été vaillants ; que mon fils est magnifique, une force de la nature, et que lors de ses rares moments d’éveils sans douleurs il passait son temps à rire et à sourire. On nous avait dit qu’il aurait un retard moteur certainement vu le niveau de ces reflux, il a marché à 10mois. On nous avait dit que ça détruirait certainement notre couple, on a jamais été aussi unis. On nous avait dit de le laisser pleurer… on a commencé à lutter contre les violences éducatives ordinaires.

Oui cela n’a pas été facile, et c’est bien parce que nous sommes deux, deux personnes remplies d’amour l’une pour l’autre, que malgré tout cela, nous sommes restés solides, unis. Cela a pourtant été si dur… Personnellement lorsque nous avons parlé d’avoir un 2ème enfant, j’ai eu le besoin de confier cela; j’ai alors eu la chance de pouvoir trouver une professionnelle psychanalyste qui m’était adaptée, ce qui m’a permis d’envisager la parentalité autrement.

Un second trésor est depuis arrivé dans nos vies, ses premiers mois n’ont pas été évidents non plus mais bien loin de l’enfer que l’on avait connu. C’est avec ce recul que je réalise pleinement que nous avons été incroyablement tendres et dévoués malgré les circonstances. Car il est si difficile de donner le meilleur de soi-même quand on est dépassés, saturés, qu’on dort peu et qu’on a pas de relai solide, quand on doute et que, malheureusement, certains médecins devant les limites de ce qu’ils peuvent proposer, vous culpabilisent.

Toi, parent épuisé, tu es un super-héros, celui de tes enfants. Un jour viendra, tout sera derrière toi, et tu verras cet enfant rire aux éclats, jours et nuits. Et tu sais quoi? …

C’est aussi grâce à toi. <3

 

13 réactions au sujet de « Le fléau de l’épuisement parental, vous connaissez? »

    1. Merci beaucoup de ce commentaire Asma, ça nous touche énormément, d’autant qu’il n’a pas été facile de partager publiquement cette partie de notre vie. Mais on le souhaitait, car qui sait, ça brisera des tabous et pourra aider d’autres parents…

  1. Ton billet fait remonter en moi tant d’émotions et de souvenirs…!! <3
    On a vécu cette horreur aussi avec Pablo et je me retrouve, je nous retrouve, dans chaque mot, dans chaque virgule, dans chaque doute, dans chaque larme de ce texte…
    Tout passe, en effet, mais bordel quand on y est, c'est le raz de marée…
    <3

    1. Merci Camille de ton message. Ça me touche de me dire que ça parle à d’autres et je suis peinée de me dire que tant de parents vivent cela et tant de bébés souffrent tant. Ça me met aussi en colère de savoir que rien n’est fait pour aider ses enfants et ses familles et pire encore que ça soit parfois banalisé.
      À ton fils, à mon fils, à tous ces bébés incroyablement courageux… cet article est pour vous !

  2. Très bel article dans lequel je pense beaucoup se reconnaitront… Nous aussi nous avons eu des débuts difficiles avec notre bébé RGO. Puis la descente aux enfers pour moi car on ne mange plus, on ne dort plus, on ne vit plus. Puis tous ces médecins qui nous font passer pour fous, notre bébé va très bien, un bébé pleure c’est normal, vous lui communiquez vos angoisses !! Alors on trouve des solutions comme on peut : l’écharpe de portage, l’allonger à plat ventre sur notre avant-bras, tout pour la soulager et qu’elle puisse dormir quelques heures. Et malgré la douleur, la fatigue, ce ne sont que des sourires entre deux crises… Nous voilà 10 mois plus tard, maman a remonté la pente et bébé va tellement mieux ! Aujourd’hui je me sens forte et fière d’avoir pu traverser cette épreuve mais tellement en colère contre le personnel médical qui ne cherche pas à aller plus loin que le fait que maman ne va pas bien alors bébé non plus.

    1. Oui je crois que c’est ça aussi qui en rajoute une couche: la non reconnaissance de ce que l’on vit par le personnel médical, soit par manque de connaissance soit par jemenfoutisme, je ne saurais dire. Mais nos bebes souffrent et nous aussi… il faut briser le silence, il faut que ça se sache et que les parents puissent trouver si ce n’est que du soutien.
      Merci pour votre commentaire, cela me va droit au ❤️!

  3. Merci d’avoir partagé vos moments difficiles. On a tendance à publier que le tableau rose de la parentalité….moi même j’ai beaucoup enduré avec mes 2 ainés et maintenant avec bb 3 qui a 4mois maintenant, C’est dure mais avec l’expérience….j’essaie de donner de mon mieux et ne pas répéter mes anciennes erreurs que je regrette tellement….
    Merci….en vous lisant….je me sens tout d’un coup moins seule et surtout « normale »….je me culpabilise beaucoup …mais je veux tellement bien faire….

    1. Nous publions ce soir sur la chaîne YouTube AilesetGraines une video sur la bienveillance et la fatigue (demain sur le site et la page facebook) si cela vous intéresse.
      Et non malheureusement vous n’êtes pas seule, et vous avez beaucoup de mérite à donner le meilleur de vous-même, à vous interroger et remettre en question. Etre parent est la plus difficile des missions sur cette Terre… mais aussi la plus belle!

  4. Je suis en plein dedans actuellement avec bébé chat! Vous lire m’a fait du bien, me rassure un peu car je n’en vois pas le bout! Je vais de rdv en rdv (pédiatre, médecin, osteo, homeopathe, chiropracteur et même magnetisuer) pour m’entendre dire que c’est moi qui lui communique mon stress et qu’il faut que je prenne du temps pour moi! Mais comment?
    Merci en tout cas de me redonner espoir car entre nos larmes à lui et à moi et le manque de sommeil il est bien difficile de se lever en souriant le matin! Et pourtant je ne saurai dire par quel miracle mais j’y arrive… pour m’effondrer le soir venu!! Merci pour cet article

    1. Une grosse pensée à vous, en espérant que vous allez bientôt en voir la fin ❤️
      N’hésitez pas à trouver des oreilles attentives, même virtuelles sur internet, cela soulage (même si c’est juste pour un moment).

  5. Je suis en plein dedans actuellement avec bébé chat! Vous lire m’a fait du bien, me rassure un peu car je n’en vois pas le bout! Je vais de rdv en rdv (pédiatre, médecin, osteo, homeopathe, chiropracteur et même magnetisuer) pour m’entendre dire que c’est moi qui lui communique mon stress et qu’il faut que je prenne du temps pour moi! Mais comment?
    Merci en tout cas de me redonner espoir car entre nos larmes à lui et à moi et le manque de sommeil il est bien difficile de se lever en souriant le matin! Et pourtant je ne saurai dire par quel miracle mais j’y arrive… pour m’effondrer le soir venu!! Merci pour cet article

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